Lévesque en uniforme OWI (ancêtre CIA)
Lettre confirmant la médaille maçonnique de René Lévesque

Le nationalisme québécois : 50 ans d’imposture !

Auteur anonyme, article paru le 9 juin 2009 en lettre d’opinion sur Vigile québec.

« Quid rides? De te fabula narratur. »

Tu ris? C’est pourtant de toi dont parle cette histoire.

Horace


Ce n’est un mystère pour personne : au Québec le nationalisme est en panne. En voyant depuis près de quinze ans les souverainistes incapables de trouver un projet ou une approche susceptible de les sortir de l’apathie, on doit admettre que le mal est profond. À dire vrai, le cœur ne semble plus y être du tout. Et même si les militants s’agitent encore le temps d’une élection ou d’une commémoration malheureuse, l’option souverainiste ne dépasse pas la barre des 40% d’appui populaire. À l’évidence, le nationalisme québécois ne suscite plus la passion.


Si vous refusez ce constat, si les succès du Bloc ou du PQ vous satisfont, et si surtout vous êtes l’un de ceux qui espérez encore qu’un énième plan vous mènera jusqu’au «Grand Soir», ne prenez pas la peine de me lire. Mais si au contraire, vous déplorez l’indifférence qui gagne la population face à la question nationale, si vous cherchez à comprendre comment on a pu en arriver là, ce texte vous interpellera peut-être, du moins est-ce là son but.


Rappelons d’abord d’où nous sommes partis. Il y eut une longue vie nationale avant le PQ et, n’en déplaisent à certains, il y en aura une après. En 1968, contrairement à ce qu’on lit trop souvent, une nation est reconnue au Québec depuis plus de 200 ans : la nation canadienne-française. En effet, les termes des capitulations de Québec et de Montréal, la création d’une Province of Quebec en 1763 dont on officialise le particularisme religieux (catholique) et juridique (français) dès 1774, la division du Haut et du Bas-Canada en 1791, l’échec de l’Union de 1840 comme moyen d’assimilation, le choix d’une fédération en lieu et place d’un État unitaire en 1867, de même que la singularité législative, linguistique et judiciaire inscrite dans la constitution du Québec (et oui ! elle existe déjà au sein de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique) ne s’expliquent que par l’existence d’une nation suffisamment combative pour obtenir, en vertu du droit, des accommodements de la part de l’Empire britannique. Une reconnaissance certes imparfaite, mais néanmoins bien réelle : le Québec fut constitué en tant que seul et unique État où les Canadiens-Français puissent jouir de prérogatives politiques et juridiques adaptées à leur nationalité et c’est pourquoi la minorité anglaise y demeura si bien protégée.


Cette reconnaissance fut obtenue parce que les Canadiens-Français ne doutaient ni de leur origine, ni de la valeur de leur héritage franco-catholique, ni surtout de leurs droits qu’ils cherchèrent toujours à mieux définir et à mieux faire respecter. Et si on vit longtemps l’allégeance politique des nationalistes canadiens-français se partager entre Ottawa et Québec, c’est que se sachant descendants des premiers Canadiens, ils eurent longtemps du mal à faire le deuil des Grands-Lacs et du Nord-Ouest. Mais avec le temps, après la pendaison de Riel et l’adoption de lois anti-françaises dans les provinces canadians, il devint plus évident pour nombre de Canadiens-Français que la province de Québec constituait leur véritable patrie. Cette idée phare chemina tout au long de la première moitié du XXe siècle en dépit du regain d’orgueil national inspiré par les succès d’un Wilfrid Laurier à Ottawa et malgré la grande séduction exercée par la pensée d’Henri Bourassa en faveur d’un Canada indépendant, binational et bilingue. Même confrontée, après la Seconde Guerre mondiale, à une centralisation fédérale sans précédent, une centralisation menée par le Parti Libéral et soutenue notamment par les membres de la revue Cité-libre, l’idée d’un État national pour les Canadiens-Français résiste grâce à l’autonomisme de l’Union nationale, pour se radicaliser enfin à partir de 1957 avec la fondation de l’Alliance laurentienne, du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) ou du Ralliement national. C’est dans cette foulée que Daniel Johnson père, chef de l’Opposition officielle peut écrire en 1965 :

« Si les provinces anglaises tendent de toutes leurs forces à faire d’Ottawa leur gouvernement national, je ne vois pas pourquoi nous voudrions les en empêcher. Le droit à l’autodétermination existe tout aussi bien pour la nation canadienne-anglaise que pour la nation canadienne-française. […] [I]l n’est pas moins clair que les Canadiens français veulent faire du Québec leur État national. Et encore là, je ne vois pas pourquoi on voudrait les en empêcher. C’est un phénomène logique qui puise son existence aux sources de la culture. »


Tiré de Égalité ou indépendance, 1965


C’est aussi pourquoi en 1967, le président de Gaulle n’hésite pas à cautionner à la face du monde, le droit à l’autodétermination des Canadiens-Français par son fameux «Vive le Québec libre ! …Vive le Canada-Français ! ». Et c’est enfin la raison pour laquelle, toujours en cette année-là, les participants aux États généraux du Canada français purent solennellement proclamer :


AYANT CONVENU


que les Canadiens-Français constituent un peuple de près de six millions d’âmes, possédant en propre une langue, une culture, des institutions, une histoire et un vouloir-vivre collectif,
que ce peuple, répandu par tout le Canada, est concentré avant tout dans le Québec,
que ce peuple dispose dans le Québec d’un territoire et d’un État dont les institutions reflètent sa culture et sa mentalité, que la vie et l’épanouissement du peuple canadien-français s’appuient sur l’autorité politique, l’influence économique et le rayonnement culturel du Québec,


ET NOTÉ


que la Charte des Nations unies exige “le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes” (article 1er, par. 2);


AFFIRMENT QUE


1° Les Canadiens-Français constituent une nation.
2° Le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental
de cette nation.
3° La nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre.


Tiré de L’Action nationale, février 1968


En 1968, les nationalistes en étaient là. Leur position était claire, nette, sans équivoque aucune. La lutte avait été longue, les adversaires tenaces à brouiller les esprits et à culpabiliser les cœurs, mais on avait dégagé le terrain pour s’engager résolument dans le dernier droit. Enfin pouvait naître un parti qui entende donner un pays aux Canadiens-Français, un parti qui puisse faire de la vieille province de Québec, un Canada-Français égal en droit et en légitimité au Dominion du Canada.
C’eut été trop simple.


On le sait, le Parti québécois fut fondé et il préféra faire reposer la lutte nationale sur l’affirmation de la souveraineté du territoire québécois, voire sur celle de l’ensemble des citoyens canadiens qui l’habitent : les Québécois, dès lors promu au rang de nation distincte. Ce pari était risqué car si en 1968 le Canada jouissait d’une reconnaissance internationale dont il eut été possible de faire bénéficier un Canada-Français en tant que nation sœur du Canada anglais, le Québec, peu connu, n’était en soi qu’une réalité provinciale. Par ailleurs, même si cette province était perçue comme la patrie des Canadiens-Français, le terme «Québécois» n’avait jusque là désigné rien d’autre que les habitants de la ville de Québec ou de sa région. Cela faisait quelques années à peine que le vocable gagnait en faveur auprès des jeunes intellectuels. C’est dire qu’en abandonnant le référent canadien-français, on ne se rendait pas la tâche plus facile. Pour promouvoir l’indépendance, on fit le singulier choix d’imposer un brutal changement d’identité, de «québéciser» les Canadiens-Français sans craindre l’opposition et la confusion que cela pouvait provoquer ici ou ailleurs. Car l’identité canadienne-française était profondément enracinée. Encore aujourd’hui pour bien des Américains, pour la chanteuse Madonna par exemple, c’est toujours sous le nom de French Canadians que nous sommes connus.


Qu’importe, ce qu’on voulait par-dessus tout, c’était rompre avec le passé. Et quand on veut noyer son chien … Les ténors du PQ furent à ce propos si efficaces à couper les ponts, si âpres à noircir l’histoire canadienne-française qu’aujourd’hui, la seule idée d’une nation canadienne-française est maintenant devenue presqu’inconcevable, un véritable tabou. Bien pire, on sait maintenant qu’être qualifié ne serait-ce que «d’origine canadienne-française» est devenu injurieux pour plusieurs, car cette appellation serait à connotation raciste ! Et Monsieur Jacques Parizeau lui-même d’en rajouter. Dans Le Journal de Montréal du 11 juin 2008, il osait affirmer que tenter de définir le Québécois de souche en le qualifiant de Canadien français,

« c’est faire fausse route complètement. […]

Est-ce que ça veut dire que les descendants d’Écossais et d’Irlandais, pourtant de souche, ne sont pas des Canadiens français ? Comme les frères Daniel et Pierre-Marc Johnson ? Là, on serait en train de discuter de pureté de la race !»


Pour saisir tout le mensonge de cette accusation, il faut savoir que le père de ces deux frères Johnson ici mentionnés, n’est autre que Daniel Johnson père, l’ardent défenseur de l’auto-détermination des Canadiens-Français cité plus haut… Et c’est là un homme qui a travaillé avec François-Albert Angers et Esdras Minville, des piliers de la Ligue d’Action nationale qui se prête à ce petit jeu destructeur. Que dire d’autre sinon «Ô vieillesse ennemie !»


Bernard Landry n’est pas en reste, lui qui précise dans une autre édition du Journal de Montréal, celle du 14 novembre dernier :

«Ressusciter l’appellation de «canadiens-français» est une autre aberration. Cette expression est complètement inappropriée aujourd’hui. À ma propre table familiale comme dans nombre de foyers québécois, cette appellation est devenue divisive.»

Se dire Canadien-Français serait une aberration ! Landry est né Canadien-Français comme son père et son grand-père avant lui, n’aurait-il donc plus aucun respect filial? Et en vertu de quoi ce reniement? Parce que cette appellation serait devenue divisive [sic] à sa propre table ! DIVISIVE !!! Se rend-il seulement compte de ce qu’il désavoue par cet argument? Car s’il se souciait autant des chicanes de familles, pourquoi donc alors avoir tant moussé une souveraineté pour laquelle on s’entredéchire depuis 40 ans? Pour lui assurer une retraite dorée de grand-papa gâteau peut-être? «À hauteur d’homme», ce ne devrait pas être si bas.


Dites-vous bien qu’une répudiation aussi catégorique est probablement unique dans l’histoire, car au moment de se constituer un État national, un peuple ne renie pas son passé identitaire au profit d’une identité territoriale. Ainsi les Slovènes de la Carniole ont fondé la Slovénie plutôt que de devenir des Carniens ou des Carniolois. De même, les Lettons de Livonie ont fondé la Lettonie, les Tchèques de Bohème-Moravie, la République tchèque et les Slovaques, la Slovaquie. Et si d’aventure certains États ont été rebaptisés, tels que le Ceylan ou le Congo belge, ils ne le furent que pour mieux marquer une distance avec la colonisation. Ce qui, dans notre cas, est d’autant plus troublant puisque le nom de Province of Quebec, est foncièrement de nature coloniale ! Pour les Britanniques, ce nom n’a jamais eu d’autre emploi que de bien marquer notre assujettissement, notre dépossession, notre enclavement dans un territoire par eux seuls circonscrit.


De ce point de vue, c’est en devenant Québécois que nous avons fait le jeu de l’Anglais. Ainsi nous faisions en sorte que le Canadian se trouve seul détenteur de l’identitaire canadien. De nation fondatrice, nous sommes passés -de notre propre fait !- au rang de simple entité régionale. C’est à ce point évident pour le Gouvernement du Canada peut désormais, sans même craindre de menacer l’unité nationale, reconnaître les Québécois comme «nation» au même titre que les Nations autochtones ou que d’éventuels autres particularismes provinciaux. Des PROVINCIAUX, voilà ce que nous sommes devenus. Voilà comment on nous perçoit à l’extérieur et fort probablement comment nous considère le président Sarkozy. Pourquoi diable en serait-il autrement ? Bretagne, Corse ou Québec, c’est un même combat régionaliste. Que dites-vous ? Ce n’était pas ce que pensait le Général de Gaulle ? Mais à l’époque nous étions Canadiens-Français et il était alors concevable, je dirais même tout naturel, de nous considérer comme les égaux des Canadians… Nous aurions dû mieux lire notre histoire sainte : il n’est jamais avantageux de céder son droit d’aînesse.


En privilégiant une nationalité territoriale, administrative, une appartenance à la province de Québec, nous défendons une souveraineté et un droit de sécession qui demeurent juridiquement contesté et contestable. En s’identifiant à une seule province, nous faisons en effet reposer la légitimité de notre lutte sur une souveraineté partielle, fragmentaire. Car au Canada, la souveraineté – la Couronne – est incontestablement partagée entre le fédéral et les provinces. Plus que cela, cette souveraineté provinciale ne peut remonter plus haut que 1763 : contrairement au Canada, the Province of Quebec est une pure émanation de la Couronne britannique. Aussi, quand bien même la souveraineté et le droit à la sécession du Québec seraient reconnus, comprenons-nous bien qu’une éventuelle indépendance ne serait celle que d’une ancienne colonie anglaise ou si l’on préfère celle d’une nation que cette colonie aurait fait naître depuis 1763 ? Si nos ancêtres entendaient cela, ils se retourneraient dans leur tombe. Jamais ils n’auraient pensé ainsi, jamais ils n’auraient toléré qu’on présente les choses de cette façon, car leur existence transcendait tous les régimes politiques. Canadiens-Français, ils avaient existé avant l’Anglais et le Québec, Canadiens-Français, ils ne se considéraient certainement pas créatures de la Conquête ou tributaires d’une simple province de l’empire britannique !


Je le répète, une telle démission est unique dans l’histoire. Un Basque ou un Kurde se bat pour l’indépendance de son peuple, pas pour celle d’un territoire donné, et jamais aux cours des siècles, il n’aura pensé jouer au plus fin en s’identifiant à une enclave territoriale définie et baptisée par ses propres conquérants.


C’est pourtant en toute logique ce que conclut le nationalisme québécois et c’est en vertu de ce raisonnement que nous nous sommes imposé une démarche référendaire quasi impossible à gagner. Il est indéniable que si nous recherchons l’indépendance du Québec, tout citoyen québécois est concerné, quelle que soit son origine. Mais, il en serait tout autrement si c’était de l’indépendance des Canadiens-Français, celle du Canada-Français dont il était question. Qui serait alors concerné? Les Canadiens-Français et eux seuls. Précisément ce que proclamaient les États généraux du Canada-Français en 1967. Est-ce donc si choquant? Demandez-vous pourquoi ce l’est tant aujourd’hui, cherchez la clause du testament d’Adam selon laquelle les Canadiens-Français n’auraient pas droit à un pays; mais quel est donc le crime pour lequel ils devaient renier jusqu’à leur nom? Demandez-vous donc quels intérêts nous servions vraiment en devenant Québécois?


On me rétorquera sans doute qu’il est inutile d’en discuter davantage, que ce changement d’identité a depuis longtemps reçu l’approbation populaire, notamment par la victoire du PQ en 1976. Mais est-on bien sûr de ce que les Canadiens-Français appuyaient alors? Est-on bien certain qu’ils savaient jusqu’où cela les mènerait? Il ne faut jamais oublier, comme le rappelle Guy Rocher dans Le Devoir du 16 avril 2007, qu’au début «Le Québec aux Québécois» signifiait pour la plupart «Le Québec aux Canadiens-Français». Je soupçonne d’ailleurs les plus de 50 ans de toujours faire, à peu de chose près, la même adéquation. Dans leur tête, cela va de soit. Et bien, qu’ils se détrompent. Être Québécois ne reflète plus aujourd’hui la même réalité qu’hier. Et cela a des incidences politiques majeures. Croyez-vous vraiment qu’à la campagne de 1970 ou celle de 1973, on aurait pu vanter cette belle nation québécoise, civique et interculturelle, cette nation où, comme le désire Pauline Marois, les enfants auraient l’insigne honneur d’apprendre l’histoire et la géographie en anglais? Non, on n’aurait jamais cautionné une telle chose. Si les Canadiens-Français des années 1970 avaient su que devenir Québécois signifiait brader leur nationalité et leurs droits historiques, que bien pire, c’était favoriser l’anglicisation de leurs enfants, jamais ils ne l’auraient accepté.


D’autres diront pourtant que nous n’avions pas le choix, qu’il nous fallait devenir Québécois pour cesser d’être une minorité. Motif absurde, car en faisant correspondre les limites du Canada-Français avec celles du Québec, on cessait tout autant de l’être : les Canadiens-Français devenaient majoritaires au Canada-Français. On avancera alors qu’on voulait être par là plus inclusif : motif assez faible, puisqu’en établissant un Canada-Français, tous ses citoyens seraient devenus ipso facto Canadiens-Français qu’ils soient d’origine étrangère ou non. Imaginez seulement les douairières de Westmount devant se déclarer French Canadian. Comme douce revanche, ce n’eut pas manqué de piquant ! Quoi d’autre? Il eut été confondant qu’il puisse exister deux Canadas. C’est pourtant là un legs de l’Histoire, la preuve éclatante de notre force de résilience, une réalité historique qu’un Maurice Séguin n’aura cessée d’analyser. Et puis quoi, combien de Guinée, de Guyane, de Congo dans le monde, deux, trois? Il y a deux Luxembourgs, deux Zélandes, deux Russies : croyez-vous que les Russes-Blancs, les Biélorusses, se sentent un temps soit peu gênés de se savoir voisins des Russes? Cela n’est pas sérieux.


Que reste-t-il? Un Canada français ou francophone aurait existé, patrie virtuelle englobant tous les Canadiens francophones a mari usque ad mare. Argument à première vue plus solide, puisque le sort des Canadiens-Français hors Québec a servi pendant plus d’un siècle à exercer sur nous un chantage émotif : un million de personnes, ce n’est pas rien. Mais à bien y regarder, cette population ne forme qu’une diaspora. Toute nation vigoureuse possède une diaspora. C’est une force positive, une présence outre frontière qui témoigne de la vitalité d’une culture …rien de plus. La diaspora irlandaise présente dans l’ensemble du Royaume-Uni a-t-elle fait de l’Irlande un pays virtuel? Non. A-t-elle empêché l’indépendance de l’Irlande? Non plus. Et a-t-on pensé céder un tant soit peu de l’identité irlandaise du fait qu’une partie des Irlandais refusaient l’indépendance ou que l’Irlande du Nord, que l’Ulster, restait britannique? Certainement pas.


Tous ces arguments sont fallacieux ! Depuis Henri Bourassa jusqu’à Trudeau, ils n’ont servi que le chimérique Canada binational et bilingue des Libéraux, une utopie dont les nationalistes n’étaient plus les dupes en 1967. Les résolutions des États généraux du Canada-Français en sont la meilleure preuve. Pourquoi donc alors les Péquistes les ont-ils repris, les ont-ils avalisés, nous les ont-ils resservis pour mieux déconsidérer notre nationalité réelle, ethnique, c’est-à-dire culturelle et historique, la seule qui pouvait nous permettre de nous référer au principe du droit à l’autodétermination des peuples? Pourquoi? Je ne vois rien d’autre que le mépris des élites péquistes pour cette nation. Le PQ tenait en exécration, cherchait à extirper ce qui fondait le nationalisme des Canadiens-Français : la famille, la religion, le conservatisme social. Et leur souverainisme n’aura jamais eu d’autre but.


Il faut dire que cette attitude ne datait pas de 1968. Chez les intellectuels et les artistes – du moins ceux d’obédience libérale- le nationalisme canadien-français n’a jamais eu bonne presse. Trop viscéral sans doute, mais …néanmoins utile. Déjà au XIXe siècle, on avait vu les chefs patriotes se servir de ce nationalisme bien plus pour défendre des idéaux démocratiques que pour libérer les leurs de la domination anglo-saxonne. C’est si vrai que la déclaration d’indépendance du Bas-Canada de 1838, INSTITUAIT UN PAYS BILINGUE !!! C’est si vrai qu’après l’échec des Rébellions, Papineau lui-même jugea préférable de s’annexer aux États-Unis. C’était la manière la plus rapide, la plus définitive de réaliser ce qui comptait le plus à ses yeux : DEVENIR REPUBLICAIN, qu’importe les conséquences !

De même, l’opposition acharnée des Rouges à la Confédération, leur «nationalisme» souvent virulent, fut d’abord motivé par le fait que le Canada anglais était alors monarchiste et conservateur. Dès que la tendance s’est inversée, dès que les libéraux progressistes ont pu dominer sur la scène fédérale, ces Rouges canadiens-français sont devenus de plus en plus fédéralistes, de plus en plus centralisateurs. C’est ainsi que pour leurs héritiers, les Libéraux du milieu du XXe siècle, pour Cité-libre notamment qui regardait avec bienveillance la libération de l’Algérie ou la révolution cubaine, l’autonomisme provincial n’est plus qu’un obstacle gênant. Quant au nationalisme canadien-français, c’est pour eux une véritable tare, une sorte d’inaptitude à la démocratie qu’on se devait de traiter par une intégration plus étroite à la démocratie canadienne… Pour son bien, pour le bien de tous, le Canadien-Français devait s’effacer pour faire place à un homme nouveau.


Aussi curieux que cela puisse paraître, les premiers dirigeants péquistes –attention, pas les premiers indépendantistes- sont issus de ces milieux libéraux des années 1950. Ils adhèrent aux mêmes idées. Le Canadien-Français est jugé d’office irréformable : imaginez, il va à la messe et vote majoritairement unioniste… Il fallait le transformer à tout prix afin qu’il puisse bénéficier des bienfaits de la modernité… Du temps de Maurice Duplessis, le salut ne pouvait venir que d’Ottawa. Mais survient sa mort en 1959 , puis la chute de l’Union nationale ; enfin les Libéraux provinciaux peuvent faire de l’État québécois le vecteur privilégié de la transformation tant souhaitée, cette rénovation sociale, cette fameuse «Révolution tranquille». Cependant, comme cette dernière allait de pair avec la radicalisation du nationalisme canadien-français tendant de plus en plus vers l’indépendance, les Libéraux en viennent à se diviser. Ceux qui, comme Trudeau, restent fidèles au libéralisme canadian, refusent tout compromis et comptent noyer le Canadien-Français dans un Canada multiculturel et bilingue. D’autres plus pragmatiques, comme Robert Bourassa, bien que respectueux du cadre fédéral, jugent néanmoins utile de s’appuyer sur ce néo-nationalisme, de l’entretenir, de l’encourager parfois, afin de mieux défendre des compétences provinciales parfaitement en mesure de servir la doctrine libérale.

Plusieurs enfin, René Lévesque à leur tête, jugent possible de s’arrimer plus étroitement à l’indépendantisme, de le réorienter et de le redéfinir, afin de faire d’une éventuelle souveraineté(-association), l’outil ultime permettant l’inscription la plus parfaite de la société canadienne-française dans la modernité libérale. Pour l’essentiel, c’est ça le PQ. Au mieux se permettra-t-il un temps d’être de tendance plus social-démocrate.


Comme les chefs patriotes et les Rouges du Bas-Canada, le PQ a sciemment canalisé le nationalisme canadien-français à des fins idéologiques. À l’exemple des Libéraux fédéraux, les Péquistes n’ont eu aucun scrupule à sacrifier la nationalité canadienne-française pour asseoir leur projet de société. À une différence près cependant, plutôt que de servir à l’édification d’une nation canadienne multiculturelle, officiellement et juridiquement bilingue, les Canadiens-Français devaient, pour les Péquistes, permettre la création d’une nation québécoise interculturelle officiellement francophone mais juridiquement bilingue. 40 ans après, la similitude des deux projets crève les yeux. Le Québec qui se construit depuis 1968 n’est rien d’autre qu’une copie réduite du Canada libéral.


Est-ce donc si étonnant qu’aujourd’hui parmi les nationalistes sincères, le cœur n’y soit plus? Tant que les anciens militants, ceux-là qui furent gagnés à la cause par les Barbeau, D’Allemagne, Chaput, Bourgeault, ceux-là qui gardèrent l’intime conviction que pour l’essentiel, Canadien-Français = Québécois, tant que ces anciens militants restèrent actifs, tout alla relativement bien. Le PQ décevait toujours, tant par ses propos que par ses manières, mais pour le bien de la «Cause», on acceptait encore et toujours de le soutenir. Aujourd’hui, c’est plus difficile. Les déceptions sont trop grandes. Les dirigeants du PQ tel François Legault, ne cachent même plus leur manque de conviction. Bien plus, les militants de la première heure se retirent, incapables de transmettre le feu qui les animait lorsqu’il s’agissait de libérer les Canadiens-Français. Et pour cause, il n’est précisément plus question d’en parler, pas même d’évoquer la mémoire des Canadiens-Français ! Remarquez bien, le péquisme n’aura eu véritablement d’allant que tant qu’il combattait les valeurs canadiennes-françaises, tant que ces dernières n’étaient pas totalement extirpées de la société. C’est chose faite aujourd’hui, et curieusement, le souverainisme du PQ s’en va à vau l’eau. Et on a de plus en plus de mal à distinguer un péquiste d’un libéral… Cela vous surprend-il encore ?


La «dénationalisation tranquille» dénoncée par certains, la «trudeauisation» du souverainisme que déplorent quelques autres, dominent non pas depuis 1995, mais bel et bien depuis la prise de contrôle du mouvement indépendantiste par le PQ en 1968. Ce n’est pas le fait d’une minorité et ce n’est pas fortuit. Le péquisme constitue un formidable détournement du nationalisme canadien-français au profit d’un nationalisme nouveau, civique et territorial, un nationalisme devant servir le progressisme libéral et incidemment… ses défenseurs. Rien d’autre.


À ce propos, quelle meilleure démonstration que les agissements du Bloc en décembre dernier, lui qui aurait soutenu un gouvernement libéral/néo-démocrate placé au pouvoir du fait de l’arbitraire régalien de la Gouverneure générale du Canada ! Le gouvernement conservateur est pourtant le représentant légitime des Canadians, le véritable interlocuteur du Québec. Si on excepte en effet les 75 députés fédéraux du Québec, on constate que 57% (133 sur 233) des députés élus par le Canada anglais sont conservateurs ! De quel droit alors le Bloc entendait-il défaire ce gouvernement ? De quel droit se faisait-il juge du bien-fondé du conservatisme canadian ? Parce que loyal sujet de sa Majesté, Gilles Duceppe saurait mieux que quiconque ce qui convient à l’ensemble du pays… allons donc ! Que dites-vous? parce que le Québec n’entérine pas la vision des Conservateurs? Mais alors, c’est tant mieux ! Sous un gouvernement conservateur, un fossé ne peut que se creuser et la séparation devenir d’autant plus inévitable. Mais au fait, est-ce bien la séparation que le Bloc recherche toujours? Car si c’est le cas, pourquoi diable vouloir s’aliéner le reste du Canada, notre éventuel voisin ; pourquoi diable vouloir donner le pouvoir à un Stéphane Dion résolument hostile à la souveraineté du Québec ; pourquoi affaiblir sa propre position politique en soutenant un gouvernement de coalition plus en accord avec les valeurs québécoises, un gouvernement susceptible de faire élire au Québec plus de députés que les Conservateurs lors d’une prochaine élection? Pourquoi? Parce qu’en réalité, tout comme le PQ, le Bloc ne fait qu’une seule chose sous couvert du nationalisme québécois, il sert le progressisme libéral.
J’en vois qui s’agitent, qui s’étouffent, qui m’abreuvent d’injures pour oser remettre en question leur mouvement, leur parti, que dis-je, leur beau Québec imaginaire. Ce dernier n’est pourtant qu’une simple entité coloniale devenue provinciale, un État oui, mais qui a marqué notre réduction, notre dépendance. Être Québécois, c’est naître conquis en 1763 des ruines de 1760, c’est renaître subordonné en 1867 des suites de l’annexion de 1840 ! Comme c’est exaltant ! Ce l’est tellement qu’un certain Luc Archambault nous invitait déjà en 2008 à fêter le 250e anniversaire de naissance d’une nation québécoise souveraine ! La défaite des plaines d’Abraham serait ainsi notre véritable acte fondateur ! Être Québécois, ce serait avoir Wolfe et ses hommes comme libérateurs !!!


Rendus là, ne trouvez vous pas un peu ridicule de se plaindre d’un supposé détournement du 400e anniversaire de Québec ou d’une reconstitution festive de 1759. Coucou ! Réveillez-vous les amis. En devenant Québécois, nous n’avons pas fait qu’abandonner le Ô Canada, nous avons cédé en partage toute la Nouvelle-France, car personne ne peut nier que le Canada naisse aux XVIe et XVIIe siècles. Et avis aux forts en thème : on peut bien savoir encore que le Canada du Régime français n’est pas celui de 1867, il sera toujours malaisé d’en faire la démonstration surtout lorsque nos principaux lieux historiques sont laissés sous la responsabilité de Patrimoine Canada. Bien pire, en ayant proscrits les vocables «Canada-Français» et «Canadiens-Français» de notre vocabulaire, c’est notre propre lien organique avec la Nouvelle-France qui se trouve difficile à établir. Dîtes-moi seulement qui, des enfants canadians ou québécois pourront se sentir le plus concernés à la lecture des hauts faits des Canadiens de la Nouvelle-France. « En avant Canadiens ! », c’est bien par ce cri que Lévis nous mena à la bataille de Sainte-Foy, non?


Et tous ces autres qui crient au scandale du fait qu’on finance un super-hôpital anglais, ne savent-ils pas que la minorité anglophone est «québécoise de souche», elle qui est venue s’installer aux lendemains de la Conquête ? Ne savez-vous pas que DE CE FAIT elle a droit à des services en anglais partout dans la belle province ? Ne savez-vous pas que DE CE FAIT le bilinguisme institutionnel au Québec n’a aucunement été remis en cause par le statut de langue officielle accordé au français ? Non franchement, je ne vois pas en quoi vous, les nationalistes québécois, trouvez matière à vous plaindre.
Assumez-vous donc : comme on fait son lit, on se couche.


Des jeunes comme ceux du Collectif Identité québécoise l’ont bien compris, eux qui se donnent pour but d’«explorer, de réfléchir et de participer à la création de l’identité québécoise». Pour ces jeunes, il est clair que la nation québécoise reste encore à faire ! Je les plains, car même s’ils ont saisi la rupture historique que comporte le concept de «nation québécoise» ainsi que la pauvreté symbolique qui en découle, même s’ils se disent de la première véritable génération de Québécois, ces jeunes ne se rendent pas compte qu’on n’accouche pas d’une identité nationale par simple volonté, par simple caprice : il n’y a que le travail des siècles qui peut faire naître une nation. Ils ne se rendent surtout pas compte que l’identité québécoise n’étant toujours pas fixée, n’importe qui peut y aller d’une définition et que dès lors il faut savoir défendre la sienne. Le pourront-ils seulement ?


Et de fait, les puissants de ce monde ne se gênent pas pour imposer leur définition, les médias les premiers qui militent quotidiennement pour une identité québécoise multiethnique, bilingue, le plus souvent partie prenante du grand tout canadien. De leur côté, les instances politiques du Québec ont souverainement fixé la liste des valeurs nationales : la démocratie, l’égalité homme-femme, la langue française, le respect scrupuleux des minorités. Un florilège fort distinctif… on y voit tout de suite pourquoi il nous faut impérativement se séparer du Canada… Ce dernier n’est d’ailleurs pas en reste, lui qui fait de la nation québécoise rien de moins qu’un élément central de l’unité canadienne ! Franchement, comme bourbier conceptuel, on ne pouvait rêver mieux. Et on se demande encore pourquoi la population a du mal à suivre.


Rendez-vous compte du recul : le Québec est revendiqué par tous, il est récupéré par les uns et les autres ! Le concept de nation québécoise est flottant, une vraie pomme de discorde. Les plus conscients de ce problème voudraient d’ailleurs rallier les nationalistes autour d’un «Québec historique». Mais c’est quoi ça le Québec historique? Un pays imaginaire à côté des États-Unis historiques et du Canada historique? Ça devient carrément risible : jusqu’où ira-t-on pour s’éviter de dire Canada-Français ou Canadiens-Français…

Et puis, on peut bien être trois pelés et deux tondus à se convaincre que le Québec doit se définir par l’histoire, ça ne changera rien au fait que le Québec moderne se soit précisément bâti sur le rejet des Canadiens-Français. De ce point de vue, défendre l’idée d’un Québec historique est assurément pire que tout, car on appuie ainsi une réécriture territoriale de l’histoire, une réécriture anachronique visant à québéciser notre passé. Le Québec historique sera le récit indifférencié de la succession des différents groupes ethniques ou sociaux ayant évolué sur les bords du Saint-Laurent depuis la préhistoire. Précisément ce à quoi travaillent nombre d’historiens fédéralistes, notamment ceux de l’Université Laval. Non, loin d’être valable, l’idée d’un Québec historique ne sert que notre acculturation en nous privant d’une histoire nationale. Voyez, rares sont déjà les jeunes qui savent ce qu’est un Canadien-Français. Que pourront-ils bien comprendre des aspirations de leurs grands-parents? Que comprendront-ils en relisant cet extrait du manifeste du RIN de 1960?


«Les Canadiens français constituent une nation dont l’origine remonte à l’époque de la Nouvelle-France. Conquise par la force des armes, isolée de sa mère-patrie, soumise à des tentatives d’assimilation nombreuses et prolongées, la nation canadienne-française a toujours manifesté une indomptable volonté de survivre et de s’épanouir librement en conformité avec ses origines et son génie particulier. […]
La première des libertés civiques étant l’indépendance de la patrie, le Rassemblement pour l’indépendance Nationale réclame l’indépendance totale du Québec afin de permettre au peuple canadien-français de choisir librement les voies de son avenir. […]


En réclamant l’indépendance totale du Québec, le RIN rejette le pessimisme né de la Conquête et manifeste sa foi en la nation canadienne-française, issue des plus grandes civilisations de l’histoire.»
Tiré de Le RIN et les débuts du mouvement indépendantiste québécois, 1974


Il faut se rendre à l’évidence, en rejetant notre identité canadienne-française pour endosser une identité incertaine, nous devenons non seulement étrangers à notre propre histoire, mais nous nous sommes privés de tout sentiment national. Combien distingue-t-on déjà de variations sur le thème du nationalisme québécois? Car même si le PQ donne le ton, il n’y a pas que lui qui se dise nationaliste, il y a le Parti Libéral, l’Action démocratique du Québec (ADQ), Québec solidaire, le Parti indépendantiste, sans compter les multiples mouvements comme les Sociétés nationales des Québécoises et Québécois ou des Jeunes Patriotes. Stéphane Dion et Denis Coderre eux-mêmes se disent nationalistes québécois ! Et parmi ces gens, combien peut-il y avoir de conceptions de la nation? Une pléthore assurément. Comment voulez-vous qu’une nation multiforme puisse nourrir un même sentiment d’appartenance ? Comment pourrait-elle constituer le ferment d’une quelconque visée, d’une simple action concertée? C’est impossible. Au sein d’une telle nation, le concept de bien commun peut-il seulement exister? Cela n’expliquerait-il pas pourquoi aujourd’hui les intérêts personnels ou corporatifs passent si facilement devant l’intérêt de la communauté; pourquoi nos hommes politiques sont aussi peu inspirés, pourquoi aucun d’entre eux, pas même un ministre, ne se sent jamais imputable de rien? 40 milliards ont été perdus !!! et personne ne daigne seulement s’excuser. Songez-y, le caractère équivoque de la nation québécoise est la cause probable du cloaque politique et moral dans lequel nous nous enfonçons depuis des années.


Vous n’êtes pas d’accord, ce n’est pas ce que vous pensez. Et bien tant pis ! Welcome to the real world. Vous aurez beau prétendre savoir ce qu’est un vrai Québécois, dans les faits, en droit, pour les autorités, les institutions, les organismes subventionnés, les médias, pour les élites souverainistes ou fédéralistes, être Québécois en réalité – pas dans votre tête !- c’est simplement habiter le Québec. C’est tout ce qu’au finish, le nationalisme québécois nous aura donné. Oh oui ! Le PQ, 40 ans de victoires !


Il ne faut pas être grand clerc pour savoir qu’habiter un État provincial n’est pas un critère assez déterminant pour susciter un sentiment national, et encore moins pour définir une nation. En ces temps de grandes transhumances, personne ne peut s’identifier à une appartenance qui se définit, s’approprie ou se concède aussi légèrement. Et c’est d’ailleurs pourquoi, en dépit de toute la bonne volonté du monde, les Canadiens-Français du Québec n’y arrivent toujours pas. J’en veux pour preuve les multiples appellations qui ont vu le jour au fil des années : Québécois francophones, Québécois-Français, Francophones de souche, pure laine, d’héritage français, canadien-français, d’ascendance, de descendance (sic), d’origine canadienne-française ou francophone, on a même vu majorité francophone et majorité historique! Au-delà du ridicule : «Si, si, je suis un Majoritaire historique francophone moi Monsieur ! », ce tâtonnement sémantique démontre bien qu’au Québec demeure une évidence sociologique : LA NATION CANADIENNE-FRANÇAISE EXISTE TOUJOURS. On peut l’affubler de tous les noms, elle reste là. Contrainte à un nationalisme civique, on lui a certes enlevé son nom, ses droits, ses valeurs, son histoire mais elle tente tout de même de préciser à nouveau son identité en se rabattant sur le seul référent qu’on lui concède encore : la langue française.


Ce faisant, elle reconnaît néanmoins sa dépossession du Québec. Devenir Québécois francophones constitue le prélude à notre ultime rapetissement, notre ultime défaite. Vous ne vous en rendez sans doute pas compte, mais être Québécois «quelque chose», devoir se battre pour un Québec français, c’est admettre qu’il puisse y avoir des Québecs anglais, mohawk, innu, inuit (le Nunavik n’existe-t-il pas déjà ?), alouette, des Québecs autres tout aussi légitimes que le nôtre. Cela n’avait jamais été le cas auparavant. Car du moment que nous nous considérions Canadiens-Français, une éventuelle séparation concernait l’ensemble du Canada, le Québec étant la plus juste part de la Confédération pouvant revenir à la nation canadienne-française. Mais aujourd’hui, la souveraineté ne concerne que le seul État québécois. Un État qui abrite onze ou douze Nations autochtones, une minorité anglophone dite historique qui s’impose à nouveau et une multitude de minorités ethniques qui participent TOUTES à l’identité québécoise… C’est ça, le Québec que reconnaît le rapport Bouchard-Taylor de même que le projet de constitution de Daniel Turp. C’est ça, la finalité du nationalisme québécois. Comment alors prétendre à un Québec qui soit intégralement français ? Parce que les francophones y sont majoritaires ? Mais jusqu’à quand ? Per capita, le Québec reçoit plus d’immigrants que la France ou les États-Unis ! Et jour après jour, on affirme, on démontre, on martèle que la prospérité, la compétence, que l’avenir du Québec, passe par une forte immigration et une connaissance généralisée de l’anglais. On a beau toujours représenter plus des trois quarts de la population, c’est comme si nous étions déjà morts !
C’est dire que la langue et la culture françaises ne pourront nous donner longtemps un semblant de cohésion. L’attrait de l’anglais est déjà grand chez les jeunes, notamment chez les artistes en quête de nouveaux marchés. N’avez-vous pas remarqué que même chez certains souverainistes, l’attachement à la langue française tend à diminuer. On cite même l’acculturation des Irlandais en exemple. Qu’importe la langue d’usage, tout ce nous qu’il faudrait, c’est se considérer Québécois ou Quebecers …


Faut-il rappeler enfin que le Gouvernement du Québec est celui de tous les Québécois, qu’en vertu des chartes des droits et libertés, il se doit d’être particulièrement attentif aux besoins des minorités. D’où la scrupuleuse «bilinguisation» des institutions et des personnes, d’où la discrimination positive, d’où les accommodements raisonnables, d’où les derniers combats pour nous séparer de notre héritage catholique par le biais d’une sécularisation de la fête de Noël ou d’un cours d’éthique et de culture religieuse. Ne vous faites plus d’illusions : le Gouvernement du Québec ne représente plus les intérêts des Canadiens-Français ou des Québécois francophones, il sert une société pluraliste. On vient de nommer un anglophone fédéraliste à la tête de la Caisse de dépôts et placements, le fleuron de notre libération économique et le PQ proteste à peine, pour la forme et du bout des lèvres : qu’ajouter de plus? En devenant Québécois, nous nous sommes refusé ce que les Pères de la Confédération avaient rendu possible en 1867 et que nous avions mis près d’un siècle à pleinement envisager : un État national qui soit nôtre ! Nous sommes bel et bien faits et refaits.


Là se trouve le cœur de l’imposture : sous prétexte d’ouverture et d’enrichissement, le nationalisme québécois a fait en sorte que le Québec ne réfère plus à la réalité nationale d’une ethnie, d’un peuple incarné dans le sol, dans l’histoire et la culture. Après 40 ans de «nationalisme québécois», le Québec est presque complètement dénationalisé. Québécois n’égale plus Canadien-Français. Le Québec n’est que l’idéalisation d’une société civique dont le progressisme obligé est devenu l’unique objet politique, un objet que chacun comprend, module ou justifie à sa guise. Tout y passe ! La justice sociale, la démocratie, l’égalité, l’environnement, l’économie, la modernité, la culture ! Comme si par essence le Québec en avait l’apanage… Les grands pontifes du souverainisme en viennent presqu’à se convaincre que l’indépendance doit se faire pour le bien de l’univers. Voyez ces pancartes du Conseil de la souveraineté avec le Q de Québec en forme de planète Terre qui promettent: «Un nouveau pays pour le Monde !» Grands Dieux ! Faudrait-il donc faire l’indépendance pour les autres ?


Est-ce nécessaire de préciser que le nationalisme généré par cette «nation conceptuelle» évolue au gré des circonstances, presque des sondages. Il oblige ceux qui s’en réclament à constamment s’adapter. Par la force des choses, la souveraineté est totalement spéculative, elle n’est plus qu’un vœu pieux, un hochet électoral de moins en moins efficace. Et pour cause, plus le temps passe, plus la société modèle prend forme, plus l’idéalisation libérale devient réalité et moins la souveraineté devient nécessaire. Le Bloc québécois et le PQ s’en ressentent déjà, eux qui, plafonnant dans les intentions de vote, tentent de relativiser l’urgence d’une éventuelle souveraineté. Même plus à gauche, la souveraineté n’a plus autant la cote. Québec solidaire a longtemps hésité avant d’adhérer à l’idée. Il l’a certes fait, mais il est clair que ce n’est là qu’un moyen parmi d’autres d’arriver à ses fins. Quant au nouveau Parti indépendantiste, il va au devant d’une cruelle désillusion, tout comme le fit le parti du même nom né dans les années 1980. On n’a toujours pas compris que l’idée de l’indépendance du Québec est creuse, désespérément creuse. En soi, elle ne se justifie plus parce que depuis 40 ans on la subordonne à toute sorte de considérations politiques, culturelles, économiques ou sociales, parce que depuis 40 ans nous nions la seule réalité nationale qui puisse la fonder :


1° Les Canadiens-Français constituent une nation.
2° Le Québec constitue le territoire national et le milieu politique fondamental
de cette nation.
3° La nation canadienne-française a le droit de disposer d’elle-même et de choisir librement le régime politique sous lequel elle entend vivre.


Je ne crois pas me tromper. Deux attitudes auront toujours prévalues depuis 1763 : d’une part vouloir se libérer de la Conquête en cherchant l’émancipation de la nation canadienne-française; d’autre part, accepter, assimiler, s’approprier la Conquête en en faisant la base d’une société nouvelle. Le nationalisme québécois, en dépit de tout ce qu’on a pu dire ou croire, sert cette dernière option. Le PQ veut, souhaite, désire un Québec de plus en plus pluraliste. Pour le PQ, les Canadians du Québec et tous ceux qui s’y sont associés, avec leurs langues et leurs cultures particulières font partie intégrante de l’identité québécoise.
Vous applaudissez toujours? Et bien voilà pour moi l’expression d’une parfaite aliénation coloniale. C’est ce qu’espérait Lord Durham et ce qu’assumait Pierre-Eliott Trudeau. Ce n’est rien d’autre qu’une variante de ce nationalisme canadian assimilateur auquel les indépendantistes des années 1960 ont tant voulu échapper. Pour cela, ils ont naïvement cru qu’il suffisait de devenir Québécois… Hé ! Hé ! Échapper à deux cents ans d’aliénation, ça ne pouvait être aussi simple. Relisez Le Canadien français et son double écrit par Jean Bouthillette en 1972. On y dépeint admirablement comment, du fait de la Conquête, ou plus précisément de la subordination politique et de l’infériorité économique qu’elle entrainât, le Canadien-Français en vient à développer une telle gêne, un tel ressentiment envers ses origines qu’il se forge une identité farouchement canadian, un double déraciné, bilingue, se disant ouvert au monde et au progrès, un double particulièrement méprisant envers ses semblables et surtout bienheureux de participer à l’avènement d’une humanité nouvelle. Du pur Trudeau… mais ça ne vous rappelle pas quelque chose d’autre?


Eh oui, le nationalisme québécois a simplement pastiché le nationalisme de Cité-Libre ! Il n’a jamais procédé d’un sentiment de fierté, ce n’est qu’un masque pour oublier qui nous sommes, ce n’est qu’un autre moyen de mieux s’effacer. En devenant Québécois, le Canadien-Français s’est créé un nouvel avatar encore plus conciliant envers l’Autre, un autre double plus déraciné, plus méprisant du passé, assoiffé de progrès, de métissage, de réformes sans fin. Un Québécois qui se veut à la fine pointe de la modernité, qui se veut toujours au summum ! Voyez nos modèles, tous montrent une même voie, le succès, que dis-je, le salut par la dépersonnalisation, la virtualité ou le syncrétisme culturel : Céline Dion, Robert Lepage, Ubisoft ou le Cirque du Soleil.


J’en appelle aux indépendantistes de la première heure : est-ce bien ce que vous vouliez, une nation qui n’aurait d’autre ambition que de se plier au conformisme du divertissement de masse? Une nation d’amuseurs publics destinés à servir l’impérialisme d’une culture planétaire ou, autrement dit, le pays du «Think big, stie !», est-ce bien cela que vous vouliez?


Il n’y a pas d’échappatoire. Pour recouvrer notre passé, notre culture, notre simple dignité, il faut se dire Canadiens-Français à nouveau. Ni Canadian, ni Québécois : CANADIEN-FRANÇAIS. Et ce n’est pas ici une question de supériorité culturelle ou de pureté raciale. Être fier de ses origines, ce n’est pas mépriser l’Autre. Et puis, nous savons tous combien d’Amérindiens, d’Allemands, d’Irlandais, d’Italiens que sais-je encore – les Da Silva ne sont-ils pas ici depuis la Nouvelle-France? – combien sont nombreux ceux qui se sont assimilés aux Canadiens-Français. Pour mémoire, rappelons seulement que dans les années 1930, les frères O’Leary étaient parmi les précurseurs du séparatisme canadien-français. Non, ce n’est pas une question de supériorité, c’est bien plutôt le contraire. Le Québec s’est bâti sur la haine de soi, sur cette honte maladive de l’infériorité des Canadiens-Français ressentie par nos intellectuels des années 1950. Cette honte de petits parvenus a fini par subjuguer toute notre société ! Depuis trop longtemps nous nous sommes conditionné à nous haïr !


Cela fait 40 ans qu’on crache sur les nôtres, sur notre histoire, sur nos institutions, l’Église catholique la première. 40 ans qu’on nous convainc que nos ancêtres, hormis quelques libéraux, étaient des inférieurs et des soumis, des vendus, des pervers, des fascistes, des ennemis de la culture, du savoir et de la modernité. Tout cela est malsain et particulièrement injuste. Un tel peuple n’aurait pu fonder autant de villages et de villes, coloniser autant de régions, élever et orner autant d’églises, d’hôpitaux et de collèges, sans avoir été d’une force et d’une abnégation exemplaires. Pensez seulement qu’après 1760, il leur a fallu endurer près de 80 ans de misère, d’analphabétisme et d’incurie avant d’obtenir une école qui soit bien leur en refusant celle coloniale, bilingue et «neutre» que voulait leur imposer les Anglais. Certains diront que c’était là la faute de l’Église catholique qui cherchait à mieux asseoir son propre pouvoir. Foutaises ! Croyez vous donc que les Canadiens-Français n’avaient pas de conviction religieuse, que pauvres marionnettes, ils ne comprenaient pas les périls auxquels ils devaient faire face. Ils le savaient bien mieux que nous ! Si nos ancêtres avaient confié leurs enfants et leur avenir au gouvernement britannique plutôt qu’à leur Église – parce que c’était ça l’alternative – que serait-il arrivé? Serions-nous seulement là aujourd’hui pour en témoigner? Non, conspuer the Priest-ridden Province, ce n’est rien d’autre qu’assumer la petitesse d’une élite ingrate, ce n’est que reconduire le triste conditionnement qui nous entrave, qui nous paralyse collectivement. Vous n’y croyez pas? Écoutez, après avoir su construire ou reconstruire tant et tant dans les années ’40, ’50 et ’60, on peine aujourd’hui à établir un simple hôpital universitaire… ce n’est tout de même pas normal.


Mais soyons clair, se reconnaître Canadien-Français n’est pas idéaliser le passé, ce n’est pas condamner la modernité. Le national transcende le social et le politique, il n’a pas à être de gauche ou de droite, traditionnel ou progressiste. Et puis, ce n’est qu’un préjugé grossier, libéral dirais-je, qui fait du Canada-Français un pays où on méprisait l’esprit et le progrès. Car en fait, si on y regarde de près, le Québec moderne dont on est si fier ne peut être apparu par enchantement en 1960 : ce sont les Canadiens-Français qui l’ont construit ! Ils l’ont fait à force d’entraide et de coopération et ce, sans appui du grand capital. Pensez seulement aux sacrifices qu’il a fallu faire pour soigner et instruire une population en si rapide croissance. Pensez que pour financer notre développement, pour avoir plus large accès au crédit, il a fallu créer des caisses populaires dans des sous-sols d’églises. Ne comprenez vous pas qu’un tel peuple fut véritablement solidaire ? Une solidarité dont il faudrait nous inspirer en ces temps présents. Ne comprenez-vous pas que les Canadiens-Français furent et demeurent dignes de respect ? Ne comprenez-vous pas que, Canadiens-FrançaisNOUS sommes dignes de respect?


Si je ne suis pas seul à le croire, il faut se rassembler, il nous faut reprendre le fil de notre histoire où nous l’avons laissé en 1968. Ensemble, il nous faut réclamer notre nom et notre identité, renouer fièrement avec nos origines, en appeler des droits de nos ancêtres, de NOS DROITS. Pour cela, mettre sur pied un centre identitaire dédié à la mémoire et aux intérêts des Canadiens-Français. À la fois centre de référence et société nationale. De nouveau pouvoir partager – et transmettre – un véritable sentiment national puis un jour peut-être, forts d’une conviction retrouvée, combattre dans l’arène politique jusqu’à la reconnaissance d’un État national. Est-ce illusoire ? Peut-être pas. Le succès extraordinaire de la chanson Dégénération chantée par Mes Aïeux est un signe que nous avons soif d’appartenance et de filiation. La surprenante popularité de l’ADQ aux élections de 2007, au moment où ce parti a donné l’impression, tout juste l’impression, de défendre les intérêts de la majorité francophone, suggère que cette majorité est toujours consciente d’elle-même. Il ne lui manque qu’une identité forte, exempte de mauvaise conscience, à la fois incarnée dans l’histoire et dans le sol, cette identité canadienne-française que nous pouvons lui redonner.


Ce sera certes difficile. 40 ans d’hypocrisies et de mensonges péquistes ou libéraux auront laissé des préjugés profonds dans les têtes et dans les cœurs. Soyons certains aussi que l’establishment souverainiste se déchaînera contre nous. Dites-vous bien cependant que les Canadiens-Français en ont vu d’autres depuis 1760. Des détracteurs, des mange-Canayens, ils en ont connus, mais en définitive, ils ont toujours refusé de disparaître. C’est le peuple qui a su résister à toutes les tentatives d’assimilation et même si le nationalisme québécois s’avère la plus insidieuse d’entres elles, il est maintenant possible d’en montrer la vraie nature. Après autant d’échecs politiques, avec l’anglicisation de Montréal, avec ce peu de considération qui reste envers le bien commun, avec cette indifférence et ce cynisme qui grandissent sans cesse, qui peut nier que le nationalisme québécois mène à la catastrophe?


Si seulement les nationalistes des Crazy Sixties pouvaient reconnaître leur erreur, s’ils pouvaient avouer s’être abusés. Ils ont cru naïvement, comme cet empereur du conte d’Andersen, qu’il ne fallait que de nouveaux habits pour devenir exceptionnel, pour enfin avoir «dit oui à [s]a naissance !». Mais aujourd’hui, qui donc peut le croire? Toi Miron, le pourrais-tu? Les habits neufs n’existent pas, on ne sait même plus à quoi les faire ressembler. Quant à nos antiques défroques, elles ont été bradées, dispersées : elles constituaient ni plus ni moins que le capital, le vieux gagné identitaire de 10, de 12 générations ! Regardez les boomers, ils sont nus, sans autre chose à transmettre que leur pauvre satisfaction d’être et d’avoir été. Et comme cet empereur orgueilleux et stupide, ils s’entêtent à vouloir donner le change : Le PQ, 40 ANS DE VICTOIRES ! Dieu ! Leur sinistre forfanterie n’aura-t-elle jamais de fin?


Dire qu’au soir du référendum de 1995, Jacques Parizeau fut près de lâcher le morceau. Car c’est bien aux Canadiens-Français qu’il tenta alors de s’adresser. C’est à nous qu’il voulut dire de se retrousser les manches, de ne plus compter sur les autres ou sur les puissances d’argent : pour construire son indépendance, on ne doit jamais compter que sur soi. Le masque tombait enfin, mais pas pour longtemps. Péquistes et fédéralistes, ils ont crié au racisme. Péquistes et fédéralistes, ils en ont tiré prétexte pour accélérer notre dénationalisation. Et ce fut là le test ultime. Si le nationalisme québécois était autre chose qu’une imposture, Jacques Parizeau aurait su se battre, il aurait pu trouver la force de faire face à la tempête. Mais non, tout ce que ce nationalisme lui aura permis de nous offrir en héritage, c’est encore cette bonne vieille incapacité à nous assumer, particulièrement dans la défaite. Si seulement il s’était fait confiance, si seulement il nous avait fait confiance…


N’est-ce pas là le plus difficile dans le fait d’être Québécois : toujours ravaler la défaite mais sans même se l’avouer, ne jamais assumer ce que l’on pense vraiment de peur d’être pris en défaut, d’être marginalisé, de nuire à sa cause ou à son avenir. Savoir certes dans le privé, dans le cercle restreint d’un blog, d’un colloque, d’une revue, savoir mieux que quiconque ce qui ne va pas, être jaloux de ses précieuses théories, s’en repaître, s’y complaire, en faire même profession parfois, mais sans agir vraiment, sans se confronter à la réalité, sans jamais aller jusqu’au bout.


Être Québécois, c’est n’avoir en partage que la rancœur de l’impuissant.
Et puis l’oubli, l’oubli dans la quête du confort, de la réussite personnelle, de la santé éternelle, de l’humour obligé, l’oubli dans la mise en abîme télévisuelle de notre propre abrutissement quand bien même nos fils se suicideraient, quand bien même nos filles avorteraient, quand bien même le Québec finirait par tuer tout espoir.


Mais à l’inacceptable, nul n’est tenu.


Dussé-je être le dernier Canadien-Français, je serai celui là. Je le dois à mon père et ma mère qui m’ont transmis la fierté de mes origines, à tous ces aïeux qui, dans la misère et la peine, mais avec foi et conviction, on fait de rien un beau pays. Un pays qu’ils ont su tenir envers et contre tous, contre le plus grand empire que la terre ait porté ! Je le dois à ce grand-père légendaire posté sur la rive du grand fleuve, noble vieillard appuyé sur son fusil qui n’a jamais désespéré voir revenir les vaisseaux du Roi. Je le dois à tous ceux qui, de générations en générations, ont pourfendu les tricheurs, les naufrageurs, les perdants de la nation : ces misérables qui, hier comme aujourd’hui, mais toujours plus retors et plus vils, nous font prendre des vessies pour des lanternes, des défaites pour des victoires, des lâchetés pour la vertu. Je le dois même à cet autre vieillard, président-roi de France, venu pour nous reconnaître enfin, mieux que quiconque. Mais je le dois surtout à mon fils, afin qu’il puisse grandir la tête haute, libre de cette absurde haine de soi, de toute cette haine qui nous ronge l’âme depuis la Conquête, depuis que s’impose à nous the Province of Quebec.

Pour tout dire, je le dois aux miens et à ma «race de monde».

Suis-je le seul?

Cessons donc de tourner en rond : la farce du nationalisme québécois a déjà été jouée et nous n’en aurons été que les dindons.

Ainsi on peut remettre en question sur 17 pages cette nation québécoise tant chérie, et seuls, seuls quelques contradicteurs auront bien voulu relever le gant. Tant pis ! On aura essayé de vous extirper un instant de vos calculs, de vos procès d’intention et de tous ces faux-semblants qui caractérisent l’actualité politique québécoise. On aura tenté surtout de vous voir défendre votre nationalisme, de vous faire dire ce qui en constitue la valeur, parce que, voyez-vous, avec le temps qui passe ce n’est vraiment plus évident. Entendre un Louis Bernard pontifier : «On peut rechercher l’indépendance pour l’indépendance, comme on recherche la liberté pour la liberté» ; suivre tant bien que mal un Louis Archambault qui affirme : «Qu’est-ce qu’être Québécois ? Rien. Rien d’autre que le fait de le dire ou de le chanter puisque ce peuple souverain n’existe reconnu dans aucun État valide et légitime» ; ou se faire répondre candidement par un Sylvain Racine : « La nation au Québec, elle pourrait s’appeler “ragoût” “chou” ou “genou”, on en n’a rien à cirer », ça laisse franchement perplexe…

Quoiqu’il en soit, ce n’était pas là l’objectif premier de mon appel, non, je voulais simplement savoir si certains de mes compatriotes partageaient mon désarroi face à la dénationalisation du Québec. Si certains constataient avec stupeur qu’être Québécois aujourd’hui, c’est ne plus qu’habiter le Québec, point à la ligne. Si certains étaient réceptifs à une explication qui fait de ce nationalisme-là, la raison même du marasme politique et social dans lequel nous nous enlisons. Si certains, las et désespérés d’attendre le bon messie ou la bonne astuce, comprenaient l’urgence d’une totale remise en question du mouvement indépendantiste. Et des gens m’on lu et certains m’ont exprimé leur accord ! Je les en remercie du fond du cœur ! Vous êtes là, me confirmant en termes touchants que je ne suis pas seul.
Reste que ceux à qui je m’étais directement adressé ne m’ont pas répondu. Je tentais pourtant de donner une réponse aux questionnements et aux critiques parfois sévères des Laplante, Bock-Côté, Turcotte, Bouchard, Vallée, ou Verrier. J’escomptais qu’ils me répondent, ne serait-ce que pour me dire en quoi je me trompe.


Chose certaine, on ne peut plus se plaindre du nationalisme québécois sous prétexte qu’il ne donne pas les fruits que nous escomptions qu’il donne. Le nationalisme québécois, abstraction née il y a 40 ans, suit désormais sa propre évolution, il se précise chaque jour davantage grâce à ceux qui font l’opinion. Le nationalisme québécois, c’est celui d’André Pratte ou de Michel David, celui de Jean Charest ou de Pauline Marois, c’est celui de Guy A. Lepage et de Suzanne Clément. Ce n’est pas et ça n’a jamais été celui des indépendantistes. Et pour cause, le nationalisme québécois repose sur le rejet de la nation canadienne-française, celui de son histoire et de ses droits à l’autodétermination, autrement dit, tout ce qui fondait la pensée indépendantiste avant 1968. C’est aussi simple que ça. Le nationalisme québécois mène à la création d’une collectivité déracinée, aux identités plurielles, assurément bilingue du fait de sa minorité historique anglophone reconnue, et au mieux (si ça adonne…), éventuellement souveraine. Pour moi, non seulement cet objectif n’offre plus aucun intérêt, mais il constitue une insulte à mon intelligence et une atteinte à la dignité de mes ancêtres.


Vous avez saisi que je ne défends pas une position «loyaliste» ou fédéraliste. Bien au contraire, je cherche à m’extirper de cette aberration qui voudrait que le Canadien-Français n’ait pu servir qu’à l’émergence de nations artificielles, de sociétés au modernisme idéalisé : le Canada multiculturel ou le Québec pluraliste que nous connaissons. Ce présupposé aliénant, délétère, est la première cause de nos médiocrités, de nos lâchetés, de toutes nos insuffisances, notre pauvreté d’âme la première. Et pour y remédier, pour tenter à tout le moins de le faire, je crois qu’il nous faut refonder notre action en reprenant notre identité canadienne-française. Ce n’est pas faire marche arrière, c’est simplement poursuivre la lutte séculaire pour l’obtention d’un État national qui soit nôtre, à nous les Canadiens-Français.


Car on l’oublie trop souvent, se dire «Canadien-Français» n’a jamais été simple. Il y en a toujours eu pour combattre férocement cette appellation, la jugeant trop ethnique ou trop provocatrice pour les Anglais. Il y en a toujours eu pour nous dire que la Conquête avait annihilé toute possibilité d’un pays canadien-français et que c’était tant mieux ! Ainsi seulement nous pouvions goûter les bienfaits du parlementarisme britannique et faire partie de la modernité anglo-saxonne triomphante… Je ne veux pas me répéter, mais avant la Révolution tranquille, chez les progressistes (les libéraux pris dans leur plus large acception), «canadien» fut toujours préféré à «canadien-français». C’est pourquoi sans doute, Madame Nicole Hébert me dit que ses ancêtres n’étaient pas Canadiens-Français mais bel et bien Canadiens. Yves Michaud m’a déjà tenu un pareil discours. Chez les «Rouges», au sein des familles de tradition libérale, il en a toujours été ainsi. C’était en quelque sorte humiliant de se dire Canadien-Français. Pour ces gens dits éclairés, il nous fallait à tout prix partager la vieille identité canadienne avec le plus grand nombre possible afin de nous fondre dans l’utopie d’une grande nation multiethnique et bilingue. Et ça ne date pas d’hier. Relisez ces extraits de ce qu’on considère comme le testament politique de Louis-Joseph Papineau, notre grand «Patriote». C’est très clair.
[…]


C’est à mes concitoyens de toutes les origines que j’en appelle aujourd’hui comme je l’ai toujours fait; que je dis que nous devons être non seulement soucieux de conserver les droits qui sont acquis, mais que, par la libre discussion, nous devons nous efforcer sans cesse d’en acquérir de nouveaux. Le meilleur moyen d’obtenir cet heureux résultat est d’appeler les jeunes et vigoureux esprits d’élite, de toutes les diverses nationalités, à se voir, à se réunir fréquemment dans cette enceinte, dans cette bibliothèque, dans les autres enceintes, dans les autres bibliothèques de même nature. Ils s’y verront comme amis, comme égaux, comme compatriotes. […] Dans l’état de notre société, avec la facilité d’apprendre dès l’enfance les deux langues, ce sera à l’avenir se condamner à une infériorité marquée que de négliger de les bien apprendre également toutes deux, que de n’être pas apte à goûter avec avidité les fruits exquis que leurs littératures ont produits, plus abondants et plus savoureux que ceux des autres peuples.


Non, il n’est pas vrai que les dissensions politiques, qui ont été si acharnées dans les deux Canadas, fussent une lutte de races. Elles étaient aussi âpres dans le Haut-Canada, où il n’y avait qu’une nationalité, qu’ici, où il y en avait deux. Les majorités de toutes deux étaient les amis désintéressés des droits, des libertés, des privilèges dus à tous les sujets anglais.
[…]


La patrie n’aura de force, de grandeur, de prospérité, de paix sérieuse et permanente, qu’autant que toutes ces divergences d’origines ou de croyances s’harmoniseront et concourront ensemble et simultanément au développement de toutes les forces et de toutes les ressources sociales. Ce noble programme que vous avez affiché et qui vous a attiré de l’opposition de la part de ces ennemis de la raison et de la pensée qui ont souhaité la dispersion de l’Institut et de ses livres, doit rallier autour de vous l’appui et le bon vouloir de tous les citoyens instruits et éclairés, de tous les patriotes qui désirent vraiment le bonheur et la grandeur de notre commune patrie, à nous tous Canadiens natifs et d’adoption.
Tiré du Discours de l’Hon. Louis-Joseph Papineau devant l’Institut canadien, 1867


Ce discours d’ouverture à l’autre, ce discours niant toute lutte de «races» au Canada, Pierre Elliott Trudeau l’a repris, et René Lévesque après lui en remplaçant «canadien» par «québécois». Notez bien, Pierre Elliott Trudeau est l’héritier des leaders patriotes autant sinon plus que les Péquistes. Le nationalisme québécois n’est que la redite, dans les limites de la province de Québec, du rêve «patriote» et progressiste de la grande nation canadienne bilingue qui, à quelques nuances près, singe elle-même le melting-pot américain. C’est en somme l’histoire de «La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf». C’est aussi l’histoire d’une élite qui s’imagina longtemps que travailler à faire l’indépendance du Canada et de tous les Canadiens était travailler à la libération des Canadiens-Français, celle aussi de cette autre élite qui considère aujourd’hui que faire la souveraineté du Québec et de tous les Québécois est faire la souveraineté des «Québécois francophones». Malheureusement, on ne devient pas indépendants par procuration, on ne devient pas libres à travers les autres… parlez-en à Maurice Séguin.


Se dire Canadien-Français signifiait et signifie autre chose, c’est proclamer qu’une nation est née en Nouvelle-France, que cette nation a su, en dépit de la Conquête et de l’infériorité politique et économique qu’elle entraîna, développer un génie propre, singulier (notamment grâce à sa langue, ses institutions et ses lois) et qu’à ce titre, cette nation-là mérite mille fois un cadre politique qui, l’affranchissant enfin de son asservissement colonial, puisse lui assurer la plus vaste reconnaissance et la plus grande liberté possible.


Si vous partagez cette conviction, si donc vous en avez assez de la québécitude, de ce Québec dénationalisé, si surtout vous avez le sentiment qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard, je vous invite à me contacter à l’adresse suivante : [email protected]
Salutations,

Robert Chevalier de Beauchesne

Source : http://app.vigile.quebec/auteurs/robert-chevalier-de-beauchesne-pseudo

Canadien français, élevé par les Iroquois, ballotté de pirates en soldats, le Chevalier de Beauchêne, dont René Louis Lesage dresse un portrait picaresque est un aventurier sympathique que les hasards de la guerre poussent dans le camp des flibustiers. Beauchêne aurait vraiment existé. On a retrouvé son baptistère : « Le 23 avril 1686, a été par moi baptisé Robert, fils de Jacques Chevalier, haut de la rivière des Prairies, et de Jeanne Villain, sa femme… » et même une liste des marchandises embarquée dans le port de Québec à bord du navire qu’il commande. Entre autres, on y lit que Beauchêne prend à son bord cinquante Iroquois et des tonneaux de rhum pour faire patienter les Iroquois durant le voyage. C’était sans doute son arme secrète contre les Espagnols !

Vers l’âge de 7 ans, Robert Chevalier fuit sa famille pour se livrer à la bande d’Iroquois qui ravagent la région de Vaudreuil, au Québec. Adopté par eux, il en prend « l’esprit ». Vers 1695, il est fait prisonnier, avec d’autres Iroquois, par M. de Frontenac. Robert est rendu à ses parents. À son regret, il retrouve la vie paisible. Il s’ennuie. La forêt l’appelle. Il se fait chasseur. Plusieurs mois plus tard, il revient à la tête d’un groupe d’Algonquins. Avec eux, il se lance dans la contrebande d’eau-de-vie.

En Europe, c’est la guerre. L’Angleterre et la France s’affrontent; elles s’opposent aussi en Amérique. Les escarmouches se multiplient entre les Anglais de la Nouvelle-Angleterre et les Français de la Nouvelle-France. La « passion » de Robert Chevalier pour la guerre est titillée, mais ces petites guerres ne le satisfont plus. Il se rend à Louisbourg avec sa bande d’Algonquins pour se joindre à la garnison assiégée par les Anglais. C’est là qu’il rencontre des flibustiers français venu ravitailler la forteresse en farine. Et il est tenté « d’essayer de la guerre sur mer ». À partir de ce moment , sa vie est une sarabande d’aventures de Vaudreuil en Acadie, de Saint-Domingue à la Jamaïque, de l’Irlande aux Antilles, de la côte d’Afrique à Rio de Janeiro, de la Guinée à Rouen, de Paris à Québec, du Sénégal à Chambly, de Sorel à Tours.

Il faut lire le roman sur ce personnage, car c’est digne d’un film haut en couleurs. Surtout que Beauchêne est en plus un coureur de jupons inépuisable. Après des mois en mer fait de durs combats et de privations, lorsque sa bande de flibustier descend au port, ils ont vite fait de se parfumer et de se lancer à l’aventure. Les femmes des bourgeois se livrent à eux sans trop de résistance parce qu’ils font rêver. Robert Chevalier dit de Beauchêne, est le plus chenapan de tous, le plus séduisant, le plus entreprenant.

Il ne manque pas d’humour et de ruse. En voici un exemple; suite à une bonne prise en mer, Beauchêne et ses hommes descendent à Saint-Domingue pour y faire la fête. Après sept mois de jeux, bals, cadeaux, querelles, tapages… Le Gouverneur commence à en avoir assez. Un événement fait déborder la coupe : un flibustier insulte un officier, lequel avait un nez d’une longueur excessive à son goût: « Ton nez me choque, je veux à coup de sabre en ôter ce qu’il y a de trop. Allons, mon ami, l’épée à la main. »

L’Officier, qui était espagnol, défendit son nez en brave homme…mais il se plaint de l’audace du flibustier au Gouverneur, qui publie une ordonnance par laquelle il enjoint les flibustiers de ne porter aucune arme dans Saint-Domingue. Les hommes de Beauchêne obéissent… mais, quand le gouverneur apprend qu’ils font porter leurs épées par leurs valets, comme avaient fait à La Rochelle les Canadiens de l’équipage de d’Iberville, il se fâche et interdit en plus du port d’armes qu’on se permette de les faire porter.

Beauchêne est fier et particulièrement de ses origines. Les héros de notre petite histoire sont bien fades comparés à ce personnage haut en couleurs et digne des plus grands aventuriers.

Les anecdotes et les aventures sont nombreuses dans le roman de Lesage. C’est un livre à lire. Quant à notre chevalier, on ne sait au juste ce qui lui est arrivé après sont périple au Brésil. Selon l’auteur, René Louis Lesage, Beauchêne a été tué dans un duel contre un anglais et sa veuve lui aurait apporté le manuscrit de ses mémoires. C’est à partir de ce document qu’il a écrit « Les aventures de M. Robert Chevalier dit de Beauchêne, capitaine de flibustiers dans la Nouvelle-France ».

http://boucane.over-blog.com/article-5934967.html

Robert Chevalier Beauchêne, dit, aventurier et corsaire (Pointe-aux-Trembles [Montréal], 23 avril 1686 — Tours, France, déc. 1731). Dans sa jeunesse, Beauchêne est VOYAGEUR et participe aux expéditions contre les colonies anglaises. En 1707, il s’embarque sur un corsaire acadien.

Beauchêne, Robert Chevalier

Robert Chevalier Beauchêne, dit, aventurier et corsaire (Pointe-aux-Trembles [Montréal], 23 avril 1686 — Tours, France, déc. 1731). Dans sa jeunesse, Beauchêne est VOYAGEUR et participe aux expéditions contre les colonies anglaises. En 1707, il s’embarque sur un corsaire acadien.

Il traverse plus tard l’Atlantique, erre dans l’Ouest de la France et est tué pendant une bagarre à Tours. Ses mémoires, qui contiennent de nombreuses exagérations et inexactitudes, sont publiés en deux volumes par Alain-René Lesage sous le titre Les Aventures de monsieur Robert Chevalier, dit de Beauchêne, capitaine de flibustiers dans la Nouvelle-France (1732).

https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/beauchene-robert-chevalier

médaille maçonnique de René Lévesque

La médaille maçonnique de René Lévesque

La source de ce document est le livre “J-Z. Léon Patenaude et l’histoire”, écrit par Dominique Godbout. Ce livre a été publié à seulement 25 exemplaires en édition privée mais une copie est conservée à la grande bibliothèque du Québec (366.1092 P2955g 1993) … Patenaude a été initié à la loge “L’étoile polaire” en France en 1963 et il était lui-même membre de la loge Montcalm. Cette remise de médaille a elle eu lieux dans la loge?


Rappelons que la nouvelle de la rencontre entre René Lévesque et le grand maitre du grand orient de France avait été publiée par le Journal La Presse le 9 mai 1985. Par contre la remise de la médaille était demeurée “discrète”. Pourquoi un PM en fonction irait il dans une loge maçonnique recevoir une médaille à moins d’être lui-même maçon?


Fait cocasse: Pierre Des Marais II était un farouche opposant du parti québécois de René Lévesque à un point tel que Camille Laurin l’avait traité de “roi nègre au service des Anglais”.

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Communiqué de
J.-Z.-Leon Patenaude
concernant une remise de médaille:
LIBERTE EGALITE FRATERNITE

Loge Montcalm Orient DE MONTREAL.
Le 7 mai 1985
COMMUNIQUÉ


Lors des visites officielles du Grand Maître, Roger Leray, président du Grand Orient de France, accompagne du Secretaire aux affaires exterieures, Jean Le Ray, la médaille du Bicentenaire du Grand Orient de France (1773-1973), sera remise aux personnalités suivantes:

le premier ministre du Québec, M. René Lévesque, le président de la Communauté Urbaine de Montréal, M. Pierre Des Marais II, le ministre des Communautés culturelles et de l’immigration, M. Gérald Godin, le président de Jeunesse Canada-Monde et de Katimavik, le sénateur Jacques Hébert, le Maire de Montréal, Me Jean Drapeau a déjà reçu cette médaille lors de la visite officielle du Grand Maître Jean-Pierre Prouteau à l’hôtel de Ville de Montréal en février 1975.

La médaille a été frappée par la Monnaie de Paris pour le G.O.D.F. avec l’inscription « Liberté – Égalité – Fraternité »

renseignements:
J.-Z.- Léon Patenaude 819-7xxx
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La presse, 9 mai 1985
le Grand Maître du Grand Orient de France rencontre le premier ministre Lévesque

(AFP)-M. Roger Leray, Grand Maître du Grand Orient de France, première obédience maçonnique française, rencontrera aujourd’hui à Québec le premier ministre québécois, M. René Lévesque, et le ministre des Communautés Culturelles, M. Gérald Godin, a-t-on appris hier dans son entourage.
La visite au Québec de M.Leray, qui a déja été reçu mardi par le maire de Montréal, M. Jean Drapeau, s’inscrit dans le cadre des célébrations du dixième anniversaire de la loge maçonnique Montcalm au Québec.


Cette loge regroupe une cinquantaine de personnalités qui conservent l’anonymat.
Dans une interview diffusée mardi soir par Radio-Canada, M. Leray a souligné que les franc-maçons avaient connu dans la province francophone du Canada “des premiers jours difficiles dans un contexte a priori hostile de préjugés défavorables”.


Intérrogé, par ailleurs, sur la présence de ministres franc-maçons au sein du gouvernement français de M. Laurent Fabius -sept, selon le journaliste de Radio-Canada qui l’intérrogeait- M. Leray a souligné que ces ministres “obéissaient d’abord à leur conscience”.

Lettre de René Lévesque remerciant des francs-maçons!

Gouvernement du Québec, Cabinet du 1er Ministre.
Québec, le 15 Juillet 1983 M. Guy Félix, Montréal. Monsieur,
Le Premier Ministre m’a demandé de vous remercier pour votre lettre du 1er Juin dernier, reçue à notre bureau, avec laquelle vous lui faites tenir un exemplaire de votre bulletin mensuel L’ALLIANCE.
Veuillez agréer, monsieur, l’expression de mes sentiments les meilleurs,
Isabelle Demers Secrétaire.
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Rapellons que le premier ministre Lévesque avait reçu une médaille maçonnique à la loge Montcalm de Montréal le 7 mai 1985 et qu’il avait rencontré le Grand Maître du Grand Orient de France le 9 mai 1985. Lien: http://complotquebec.blogspot.com/2007/07/la-mdaille-maonnique-de-ren-lvesque.html

Lévesque était aussi un mondialiste convaincu et un grand admirateur d’Israël:

“le seul avenir possible du monde, c’est d’être un seul pays” (L’Action Catholique, 12 février 1962). Il n’y a pas de pays dans le monde qui puisse se dire résolument indépendant. Nous sommes tous interdépendants. Nous sommes tous citoyens du monde. L’humanité est une seule famille. La Terre est un pays qui s’ignore.”, (La Presse, 12-2-62, p.9). Le ministre des Richesses naturelles du gouvernement Lesage se prononça en faveur d’une “sécurité sociale mondiale”, que seul le gouvernement d’une fédération mondiale pourrait administrer: “Il faut sortir du cercle vicieux, et reconnaître que le but de l’économie mondiale n’est pas le profit mais l’élimination de la misère, LA FORMATION D’UNE SEULE FAMILLE MONDIALE.”


M. Roger Léger, reporter de La Presse présent lors de l’allocution, résuma ainsi le FINALE du discours de René Lévesque: “M. Lévesque a cité l’exemple de ce nouveau pays, Israël, qui a créé une société où l’on travaille pour l’homme, une société qui respecte l’homme. Une société où l’on a pris l’homme comme base de développement, comme richesse fondamentale.”

A l’échelle mondiale, je suis fédéraliste”, déclare M. Lévesque dans “la Passion du Québec”, publiée par les Editions Stock.


M. Lévesque précise qu’il croit qu’une forme minimale de fédéralisme à l’échelle mondiale est nécessaire pour éviter le chaos de la famine et de la guerre, ajoutant qu’il ne voit pas de contradiction entre cette prise de position et son nationalisme québécois.
(“La passion du Québec” —Lévesque croit au fédéralisme dans le monde”, “La Presse”, 16-11-78, p. D-12)

Publicité Bulletin ”L’Alliance” Loge Montcalm Orient DE MONTREAL

http://complotquebec.blogspot.com/2008/11/lettre-de-ren-lvesque-remerciant-des.html

René Lévesque, un espion de l’OWI?

Un nouveau regard sur la bataille constitutionnelle canadienne
(Partie I)
par Raynald Rouleau


L’origine d’une découverte scientifique est toujours la remise en question de l’ensemble des axiomes qui forment notre bagage scientifique. Par exemple, il y a 500 ans, si Kepler avait accepté la théorie disant que la terre était le centre du système solaire, il n’aurait pas pu établir avec tant d’exactitude la distance relative entre les planètes. Même chose pour le grec Éristhothène, s’il avait cru que la terre était plate, il n’aurait pas pu calculer la circonférence de la terre, il y a de ça 2500 ans.


En politique ce principe est aussi vrai. Pour faire avancer politiquement le Québec d’aujourd’hui, il faut remettre en question certains axiomes que nous avons tenus pour acquis, que nous avons crus, mais qui sont fondamentalement faux. Mais pour faire ces découvertes, il faut prendre du recul par rapport à notre position actuelle, regarder les choses telles qu’elles sont dans leur ensemble et mettre l’accent sur les points d’inflexion historique.


Les origines du Parti québécois :


Les instigateurs du Parti Québécois n’ont jamais eu l’intention de faire du Québec
un vrai pays: C’est-à-dire, une république constitutionnelle, indépendante de l’Empire britannique, basé sur des principes de droits universels, similaires à ceux enchassés dans le préambule de la constitution des États Unis. Ici je ne fais pas référence aux membres ou même aux leaders du PQ, mais bien à ceux qui l’ont instigué, forgé, et qui en tirent encore des avantages. Au contraire, il se sont battu contre Daniel Johnson (père) qui, lui, était en train de le faire.


Le PQ à été créé 16 jours après la mort tragique du Premier ministre du Québec,
Daniel Johnson (père). Le but était simple: attirer toutes les forces nationalistes;
qu’elles soient de gauche, de droite, qu’elles soient communistes, socialistes, catholiques ou maçonniques, pour ensuite les empêcher d’atteindre leur objectif. Le principe était le même.


C’était le «principe de la palette-à mouches». On a tous déjà vu ça: Une languette attachée au plafond d’un chalet, enduite de colle sucrée, vers où les mouches se dirigent et y restent collées, jusqu’à ce que mort s’ensuive! Voilà pourquoi le PQ avait été créé à l’origine.


Contrairement à la conception populiste péquiste, les ennemis du Québec ne sont pas ceux qui parlent anglais; les fermiers de l’Ontario ou de la Saskatchewan, les agriculteurs du Manitoba ou du Nouveau Brunswick, les pêcheurs de la Colombie-Britannique ou de Terre Neuve, les entrepreneurs de l’Alberta ou même la majorité des bureaucrates d’Ottawa! Regardez seulement vos billets de 20 $ ou vos sous noirs; qu’elle est l’image que vous y voyez ?

Voilà la nature de l’ennemi des Québécois. Le problème est le même, que vous soyez du Québec, ou
de l’Ontario. Le problème n’est pas la Reine elle-même, mais bien cette vieille
structure administrative qu’est l’Empire Britannique, nommé Crown Agents (ou
agents de la couronne).

Avant que le Canada ait le statut de «pays», nous n’étions que le Dominion du Canada; un appendice de l’Empire Britannique, sur le continent américain, administré par des Crown Agents, à travers des
centaines d’institutions.

Cette structure existe encore, et exerce encore une influence. «Crown Agents have no formal Constitution and are not part of the United Kingdom Civil Service or of the United Kingdom Government machine…
Crown Agents act as business and financial agents for the Governments of all territories for the administration of which the Secretary of State is ultimately responsible, including the territories under the protection of Her Majesty and the territories administered on behalf of the United Nations.»(1) (Une petite histoire de Crown Agents sera prochainement publiée dans l’Acropole, sous le titre de La Face Cachée de l’Empire : une petite histoire des Crown Agents.)


Le PQ a été fondé par René Lévesque, un homme intelligent, qui, lors de la deuxième guerre mondiale a été recruté par un agent du nom de Robb, qui était chef du bureau montréalais de l’Office of War Information, (OWI) (2) un service de renseignement nominalement américain, mais sous contrôle britannique. (3) Lévesque a été envoyé à New York pour rencontrer Pierre Lazareff, l’éditeur-en-chef des services français de L’OWI. Il a été rapidement envoyé à Londres. À la fin de la guerre il avait atteint, selon lui-même, l’équivalent d’un rang de capitaine : «On était quand même parmi les gars les mieux payés.

J’avais une sorte de grade assimilée de lieutenant. Je pense que j’ai fini capitaine. Je n’étais
pas capitaine en charge d’une unité, mais l’équivalent» dit René Lévesque. (4) Il a ensuite été recruté par les services Britanniques comme «journaliste» pour le service de radio international dans les bureaux montréalais de la Canadian Broadcasting Corporation (CBC). Il a été transféré au service de télédiffusion
dans les années 50 et est «devenu une vedette pour les Québécois», au service de la CBC, avec son émission Point de mire. C’est à ce moment là qu’il a été «officiellement» catapulté en politique québécoise. La raison était très simple. Il fallait à tout prix enlever le pouvoir à l’Union Nationale car Daniel Johnson s’apprêtait à devenir son chef, après la mort soudaine de Maurice Duplessis et
celle de Paul Sauvé.

Avec Daniel Johnson à sa tête, l’Union Nationale aurait encore gagné les élections. Du point de vue britannique, il ne fallait absolument pas que cela arrive. Car Daniel Johnson, un Québécois de descendance irlandaise, connaissait bien l’histoire, et ce que l’Empire Britannique avait fait subir aux Irlandais. Johnson faisait parti d’un groupe minoritaire mais très efficace, oeuvrant à l’intérieur de l’Église Catholique, qui s’opposait à l’introduction massive des valeurs malthusiennes qu’entre autres l’OCDE
s’apprêtait à répandre dans la tête des jeunes à travers une réforme scolaire dans tous les pays industrialisés. C’était le début de ce qui a plus tard été appelé «la contre-culture»; sexe-drogues et Rock-&-Roll. (5)


Dans cette alliance de force pour le progrès et le développement de toutes les nations du monde, il y avait des gens comme Aldo Moro, Ben Barka, John F. Kennedy, (tous tués par balles) le général de Gaule, Cardinal Montini (devenu Pape Paul VI), et de façon plus indirecte, Martin Luther King. Tous faisaient la promotion du progrès humain. Pour eux, chaque homme était créé à l’image de Dieu, qu’il soit jaune, rouge, noir, ou blanc, et chaque homme, femme et enfant avait le droit fondamental d’accéder au développement économique, qu’apportait le progrès scientifique et technologique.
Voilà une idée extrêmement dangereuse pour l’Empire qui gardait son hégémonie et la main haute sur ses territoires par le maintient du pillage des ressources et par une pauvreté (intellectuelle et autres) soutenue, de ses sujets.


Là-dessus, René Lévesque a joué un rôle, conscient ou non, vraiment dégueulasse, car il a été déployé directement contre le réseau de Daniel Johnson. Les seules choses que le Parti Libéral aient faites correctement au Québec de 1961 à 1966, ont été faites à reculons, par l’entremise des efforts soutenus du général de Gaule, de ses ministres et du chef de l’opposition Daniel Johnson et de ses alliés à l’intérieur du Parti Libéral; dont peut-être même Pierre Laporte. L’argent du Partie Libéral, venait des réseaux de Maurice Strong, un ennemi juré de de Gaule, qui faisait lui-même partie des réseaux du Prince Philip et du Prince Berhnard. L’argent était canalisépar des entités «sous son contrôle», car il était une des têtes dirigeantes de Power Corporation. Il en est devenu le viceprésident en 1963, après qu’il eut fait des millions sur le dos des Québécois, avec la nationalisation de l’électricité. Pour vous donner une idée de la relation entre René Lévesque et Daniel Johnson, voici une anecdote: Un jour, durant une session de l’Assemblé nationale, Lévesque dit à Johnson «vous êtes le personnage le plus vomissant que je connaisse».


Pourtant, après Louis Joseph Papineau, Daniel Johnson est l’homme qui a fait le plus pour faire avancer le développement du Québec et de ses citoyens. Johnson avait compris que pour faire accepter l’idée d’une nouvelle constitution pour le Canada, il lui fallait l’approbation des autres provinces, mais pas nécessairement celle d’Ottawa. En effet, ce qui forme le Canada, c’est ses provinces. Ottawa n’est que le «buffer» entre L’Empire Britanique et les Canadiens. S’il obtient l’appui des provinces, Ottawa n’aura tout simplement pas le choix d’accepter «la volonté du peuple». Johnson s’était lié d’amitié avec le Premier Ministre de l’Ontario. Une conférence informelle des provinces avait été mise sur pied à la fin de 1967, pour mettre en place la stratégie de ce qui allait devenir la première conférence constitutionnelle en février 1968, afin d’adopter une véritable constitution canadienne, écrite par les Canadiens pour les Canadiens. Un comité constitutionnel formé de représentants de toutes les provinces a été mis sur pied en février 1968. Ce comité avait pour mandat d’étudier toutes les propositions des provinces.

Mais hélas, le 5 juin 1968, Johnson fit une crise cardiaque, il fut forcé de se retirer de la politique pendant 10 semaines. Il fit cependant un retour triomphal en septembre. Il donna une conférence de presse le 25 septembre à Québec, juste avant de partir pour l’inauguration officielle du barrage de la Manic-5, où il exposa ses plans.

Il allait rencontrer de Gaule 10 jours plus tard, et allait l’invité à revenir au Québec en 1969. Le lendemain, on le retrouva mort dans son lit, au pied du grand barrage.

On refusa même au général de Gaule d’assister aux funérailles de son ami Johnson. Quelle tragédie! Ceci marqua la fin du projet constitutionnel de Johnson.

(1) p.1-2 A Short History of Crown Agents and Their Office, by Arthur William Abbott, C.M.G, C.B.E The Chiswick Press 1959. — A.W. Abbott à été Secrétaire de Crown Agents de 1954 à 1958.
(2) p. 45 Renée Lévesque: Portrait d’un Québécois, par Jean Provencher Éd. La Presse 1973
(3) Pour les besoins de gagner la guerre, Roosevelt créa L’OWI et l’OSS (Office of Strategic Services). L’OWI s’occuperait de la propagande, et l’OSS était les “démolisseurs”. Après la guerre l’OWI et l’OSS ont été démantelé, car ils n’étaient pas sous contrôle exclusif des Américains. L’OSS est devenu la CIA et l’OWI à été récupéré par les services de renseignement Britanniques.
(4) p. 71 Renée Lévesque: Portrait d’un Québécois, par Jean Provencher Éd. La Presse 1973
(5) À la fin des années 50, le Québec comptait 60% des étudiants en science au Canada. Aussi, 50% de l’énergie hydroélectrique du Canada était produite au Québec. Au début des années 60, Hydro-Québec prévoyait qu’en 1985 la moitié de l’énergie québécoise serait produite à partir de centrales nucléaires. En 1963, sous la direction d’Alexander King (plus tard co-fondateur du Club de Rome, dont Maurice Strong sera membre) l’Organisation de Coopération et Développement Économique (OCDE) ont produit un rapport qui a servi de base pour une «réforme scolaire» dans tous les pays industrialisés visant, par exemple, à remplacer l’enseignement de la géométrie par les maths modernes, et l’étude du Grec et du Latin par l’étude des existentialistes français. Ici, au Québec, cette réforme a coïncidé avec la création du Ministère de l’Éducation, (une bataille entre l’église catholique et la franc-maçonnerie.) Voir La Presse du 11 nov. 1963 — une série en 5 parties défendant La Grande Loge de Québec.

Le projet de Gaulle-Johnson


Il est absolument nécessaire de connaître l’histoire de la coopération du général de Gaulle avec le Premier ministre du Québec, Daniel Johnson, en particulier leur bataille (inachevée…) contre les oligarchies malthusiennes représentées par la monarchie britannique. Il s’agissait de faire passer dans la réalité leur fameuse formule « Progrès, Indépendance et Paix », par l’institution d’une constitution
républicaine, englobant, si possible, tout le territoire canadien.


Durant l’été 1967, le Canada célébrait le centenaire: le 100ème anniversaire de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique. Soit dit en passant, la Confédération canadienne de 1867 n’avait été formée que pour protéger l’Empire contre les forces républicaines d’Abraham Lincoln aux États-Unis. Le Président de la France va saisir la main que lui tend Daniel Johnson, pour envoyer une onde de choc sur tout le continent américain. De Gaulle a reçu une invitation officielle du Premier ministre du Québec en mai 1967, lorsque M. Johnson lui-même était l’invité d’honneur du Général à Paris. Durant cette rencontre historique, la France et le Québec ont mis l’accent sur neuf points principaux de coopération pour le développement culturel, technologique et industriel. Un de ces accords porte sur l’entrée du Québec dans le projet spatial franco-allemand « Symphonie », pour le développement de satellites de communications. (6)


Il faut garder à l’esprit que la France était redevenue, grâce à de Gaulle, une puissance mondiale ayant pour devise « le Progrès, l’Indépendance, la Paix ». Il leur dit: « Votre histoire, c’est la nôtre, en réalité, c’est l’histoire de France ». Il ajoute que dans les circonstances actuelles, « c’est maintenant à vous de jouer un rôle qui vous est propre, un rôle français ». Cela ne voulait pas dire que ceux qui parlent l’anglais ou sont d’origine étrangère ne pouvaient jouer un « rôle français ». Est ce que vous aspirez à l’idée de « Progrès, Indépendance et Paix » ? Oui ? Donc, vous êtes Français !


Continuant sa tournée, de Gaulle dit dans la ville de Berthier, le 24 juillet 1967: « Eh bien, la France pour sa part, après d’immenses épreuves, est en plein essor de renouvellement et donne elle aussi, vous le voyez, le sentez tous, l’exemple au monde, l’exemple du progrès certes, mais aussi l’exemple du service des hommes quels qu’ils soient et où qu’ils soient ! » Est-ce là les paroles d’un égoïste, d’un arrogant, d’un raciste, d’un chauviniste, comme l’Empire voulait nous le faire croire? A mi-chemin entre Québec et Montréal, dans la ville industrielle de Trois-Rivières, le Général a lancé, à propos du « droit d’existence », une attaque des plus éclairantes et précises contre l’empire britannique: « On ne peut justifier quand naît un peuple, son existence et son droit, comme vous chantiez tout à l’heure, « Ô Canada », on ne peut justifier son existence et son droit que si on est en progrès. Or c’est ce que vous êtes, je le vois d’un bout à l’autre du Québec. Vous êtes en train d’accomplir un développement économique, technique magnifique ! »


Or, si l’on regarde aujourd’hui sur toute la planète, les pays les plus sous-peuplés, ce sont les territoires sous l’influence de l’Empire britannique. Le « progrès », comme l’entend de Gaulle, est non-existant dans l’Empire britannique, ces dernier n’existent que sous forme de cancer. Pour l’Empire, l’asservissement et le pillage des ressources sont les conditions de sa survie. Mais le problème (ce que comprennent très bien Johnson et de Gaulle), c’est que les cellules cancéreuses n’ont pas d’avenir. Elles meurent avec l’hôte qu’elles viennent de tuer. Plus grande est leur puissance, plus rapide leur déclin. Un pays ne peut survivre à long terme que s’il crée des richesses pour lui-même, que s’il est en progrès.


De Gaulle voyait son intervention au Canada de 1960 à 1969 comme ayant une portée internationale et une importance capitale pour toute l’humanité. Continuant son parcours le long du Saint-Laurent, il déclare lors de sa halte à Louiseville: « Cet effort [c’est-à-dire la coopération entrer la France et la Nouvelle-France pour le Progrès, l’Indépendance, la Paix], elle [la France] veut le développer et vous pourrez compter sur elle, car ce que nous faisons tous ensemble, nous Français de part et d’autre de l’Atlantique, c’est ce qu’on peut faire de mieux pour l’humanité tout entière. » « Vive le Québec libre! »
Tout au long du « Chemin du Roi », une foule s’élevant à près d’un demi million de citoyens avait acclamé le Général sur son passage. Arrivant à Montréal le 24 juillet, il prononce son fameux discours, du haut du balcon de l’Hôtel de Ville: « … Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas. Ce soir ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. Outre cela, j’ai constaté quel effort de progrès, de développement et par conséquent d’affranchissement vous accomplissez ici… C’est pourquoi elle (la France) a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords, pour que les Français de part et d’autre de l’Atlantique travaillent ensemble… vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l’étonnement de tous… Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec libre ! Vive le Canada français et vive la France ! »


La monarchie britannique étaient épouvantés par la visite de de Gaulle.


L’éveil des p’tites gens, l’éveil d’un pays, d’une république, l’idée même d’affranchissement de « la chose française » (le Progrès, l’Indépendance, la Paix), voilà qui est diamétralement opposé à l’Empire. C’est pour cette raison que celui-ci va lancer une campagne de propagande disant: « De Gaulle joue le jeu d’une petite minorité d’extrémistes qui veulent la séparation du Québec. » (72% des Français du Canada étaient favorables aux actions de de Gaulle: 4 millions… ça fait une belle « petite minorité d’extrémistes » !)
Anecdote intéressante, Daniel Johnson réussit, par l’entremise de Pierre Laporte, a faire passer une résolution en chambre très étonnante: « J’aimerais faire une proposition, mais il me faut le consentement unanime de la Chambre, pour remercier le général de Gaule d’être venu au Québec à notre invitation et blâmer le gouvernement fédéral qui a fait en sorte qu’il ne puisse pas terminer son voyage au Canada… » Consternation chez les Libéraux !


Lesage consulte nerveusement ses voisins, puis griffonne à la hâte les quelques mots que Pierre Laporte lui souffle à l’oreille. Le Chef de l’Opposition se lève alors et proclame: « Monsieur le Président, je désire joindre ma voix a celle du Premier ministre pour exprimer ma gratitude au général de Gaulle d’être venu nous visiter. Nous lui en somme profondément reconnaissant… » (7)

Il est très intéressant de constater que René Lévesque, le futur fondateur du Parti québécois, un des leaders de la vraie minorité de séparatistes, n’était pas content de l’action de de Gaulle: « Nous avons tenté jusqu’au dernier moment de convaincre Aquin [un collègue de Lévesque] de renoncer à ses déclarations [en faveur de de Gaulle]. (…) On ne tardera pas à lui « coller » l’étiquette de député gaulliste. C’est justement ce que nous voulions éviter au mouvement. (…) Vous trouverez là une des raisons majeures qui nous ont fait retarder la création du mouvement (…). » Démontrant un manque total de compréhension de l’oeuvre du Général, Lévesque poursuit: « Nous lui gardons (…) une énorme reconnaissance de nous avoir, par ce bienheureux impair, fait connaître au monde entier. » Lévesque dit « impair », mais quelle manque de lucidité! Comme si l’attaque de l’Empire contre de Gaulle n’était basée que sur le fait que le général est dit « Vive le Québec libre »… De Gaule a foutu des bâtons dans les roues de l’Empire durant tout le temps qu’il a été président de la République, voilà pourquoi il lui en voulait tant, et non pour les quelques mots prononcés à l’Hotel de Ville de Montréal.

(6) Le programme Symphonie, un projet franco-allemand, consistait en deux satellites de communications (téléphone et télévision) qui auraient pu relier le Québec au reste de la Francophonie. De Gaule avait invité le Québec à y participé. Johnson disait même: « Le cosmos va parler français ». Le projet n’a été prêt qu’au début des années 1970. Et par deux fois, les fusées Ariane ont explosé au décollage. Ils ont finalement été envoyés dans l’espace, par des fusées américaines, Delta, en 1974 et 1975. Cependant, les Américains n’ont accepté qu’à la condition qu’il n’y est pas de lien intercontinental, ce qui automatiquement voulait dire que le Québec n’était plus dans le projet!


(7) p. 249 Daniel Johnson: 1964-1968 la difficile recherche de l’égalité. Pierre Godin, Edition de l’homme, 1980

Libérer le Canada tout entier


De Gaulle n’était pas un séparatiste. Au contraire, on pourrait même dire qu’il était favorable à un mariage canadien, plutôt qu’à un concubinage Québec- Angleterre. La déclaration officielle du conseil des ministres de la France du 31 juillet 1967 est très claire: « Il [de Gaulle] a été amené à mesurer leur volonté [celle des Français du Canada] de parvenir, grâce, si possible, ” à l’évolution qu’accomplirait
éventuellement l’ensemble canadien “, à disposer d’eux-mêmes à tous égards, et en particulier, à devenir maîtres de leur propre progrès. »


Il est évident que le but n’est pas de détruire le Canada, mais au contraire, de le libérer des tentacules de la pieuvre britannique, afin que le Canada tout entier puisse jouir de l’affranchissement qu’apporte « la chose française », « le Progrès, l’Indépendance, la Paix ». Il est clair que de Gaulle et Johnson voulaient libérer le Québec, mais du même coup, ils savaient que ce ne serait pas vraiment possible tant et aussi longtemps que le Canada continuerait de se coiffer de la Couronne…


Dans sa conférence de presse du 27 novembre 1967 au Palais de l’Élysée, de Gaulle explique les deux « préconditions » absolument nécessaires pour « un Québec libre » :
La première implique « un changement complet de l’actuelle structure canadienne » telle qu’elle résulte de l’Acte octroyé il y a cent ans par la reine d’Angleterre et qui créa la « Fédération » […]. La deuxième condition dont dépend la solution de ce grand problème, c’est que la solidarité de la communauté française de part et d’autre de l’Atlantique s’organise.


Hélas, on sait aujourd’hui qu’une série de crises cardiaques bien synchronisées ont
fait en sorte que la réunion historique que souhaitait De Gaulle pour répondre à la
deuxième condition n’ait jamais lieu, ce qui a provoqué, en partie, les terribles
résultats mondiaux de la géopolitique anglo-américaine, que l’on connaît
aujourd’hui.


Daniel Johnson, de son coté, s’est battu pendant toutes les années 60 pour que le Québec, mais aussi le Canada, deviennent autonomes et adoptent une constitution républicaine. Car il était très conscient, comme l’était de Gaulle, que le développement harmonieux d’une société française de « Progrès, Indépendance et Paix » au Canada, ne serait possible que si le Canada lui-même devenait une république. Je dirais même que, du point de vue de De Gaulle il était crucial pour l’humanité tout entière de mettre un terme à l’influence qu’il (L’Empire) avait sur le continent américain.


Une Constitution canadienne à l’Américaine


De Gaulle et Johnson n’étaient pas du tout opposés aux États-Unis en tant que pays : c’est-à-dire à l’essence, à l’âme des États-Unis, imprégné dans leur constitution. Au contraire, le projet de constitution de Daniel Johnson le prouve bien. On peut lire en page 19 : « Il serait souhaitable d’examiner l’opportunité de remplacer le régime parlementaire d’origine britannique par un régime “congressionnel” d’inspiration américaine. »

Le problème est bien clair. Les choses terribles que l’on attribue toujours, ici au Québec, aux actions des Américains, trouvent souvent leurs origines dans les châteaux de Londres, par le biais du Canada. De Gaulle, ayant lui-même un des services de renseignement les plus efficaces de l’époque, n’ignorait certainement pas le rôle néfaste joué par les sociétés secrètes loyales à l’Empire. Ces réseaux, qui déterminent en partie la politique étrangère des États-Unis, ont tendance à les faire agir de mauvaise façon. De plus, ces réseaux sont bien implantés et protégés, ici, au Canada.


Au début des années 60, le monde entrait dans une période très instable. La mise en oeuvre graduelle des projets de De Gaulle relevant de « la chose française », « le Progrès, l’Indépendance et la Paix », va jouer un rôle crucial. Avec De Gaulle, une nouvelle ère prend forme : il retire les forces françaises du commandement intégré de l’OTAN, il refuse que l’Angleterre entre dans le Marché commun, parce que, si elle y entrait (et aujourd’hui on a la preuve que le Général avait raison à 100 %) son Grand Dessein d’une Europe de l’Atlantique à l’Oural ne pourrait prendre forme. De Gaulle voulait la « détente », désamorcer la guerre froide et avancer vers la coopération économique entre l’Est et de l’Ouest. Il y avait un grand espoir parmi les forces républicaines.

Le courage de Daniel Johnson


Retournons maintenant du beau côté. Au dîner officiel en l’honneur du Général De Gaulle le soir de son arrivée à Québec, Daniel Johnson est plein d’espérance et prononce un discours émouvant, acceptant le défi du Général de se joindre à son Grand Dessein: Sous votre gouverne, la France a recouvré une stabilité qui avive encore notre admiration à son endroit. Elle a poursuivi avec vigueur une vaste entreprise de planification qui a justifié en deux décennies votre foi inflexible en ce que vous avez vous-même appelé son «génie du renouveau. […] mais votre rayonnement outrepasse les frontières de la vieille Europe comme en témoignent éloquemment les réceptions dont vous avez été l’objet en Asie et dans les Amériques au cours des années passées. Votre compréhension des conditions et des problèmes mondiaux, votre esprit de décision et votre ténacité dans l’exécution polarisent les justes aspirations de nombreux pays. Votre action diplomatique se révèle à maints égards l’un des puissants facteurs de l’équilibre international. Deux jours plus tard, juste avant le départ de De Gaulle, Johnson ajoute qu’il croit qu’une nouvelle ère s’ouvrira pour le Québec quand, sur la scène mondiale, il sera capable de jouer le rôle d’un partenaire à part entière, de lien unificateur dans la bonne volonté universelle. C’est alors que, selon le Premier ministre, la nation française d’Amérique entrera dans l’histoire et réalisera sa vocation internationale.


De retour à Paris, De Gaulle va expliquer sa politique aux Français, après que les forces politiques et la presse française aient fait écho aux attaques des oligarchies anglo-américaines. Dans son allocution télévisée du 10 août 1967, le Général montre que la libération de la «Nouvelle-France» est un aspect nécessaire de la politique extérieure française: A l’ordinaire, chacun – c’est bien normal – est absorbé par l’existence et les circonstances quotidiennes et ne prend que de temps en temps une vue d’ensemble sur ce qu’il peut advenir de notre pays. Et pourtant, tout en dépend […]. Comme, dans la situation assez tendue où se trouve le monde, ce que notre peuple fait pèse lourd sur son destin, il y a lieu d’indiquer aujourd’hui […] quel sont les buts visés dans la conduite de la nation et quel est le chemin suivi pour les atteindre. […] Le progrès, l’indépendance, la paix, tels sont les buts conjugués que poursuit notre politique. […] Ainsi, tout ce qui est réalisé quant au développement du pays, dans n’importe quel domaine, à n’importe quel moment, de n’importe quelle façon, est-il combattu, par principe, sans exception, toujours et toujours, par ces adeptes du dénigrement.


Ainsi, le fait que la France, sans renier aucunement l’amitié qu’elle portait aux nations anglo-saxonnes, mais rompant avec le conformisme absurde et périmé de l’effacement, prenne une position proprement française au sujet de la guerre au Viêt-nam ou du conflit au Moyen-Orient, ou – pas plus tard qu’hier – de l’unanime et indescriptible volonté d’affranchissement que les Français du Canada ont manifestée autour du Président de la République française, stupéfie et indigne t-il les apôtres du déclin.

Il y a 33 ans, il s’est répandu sur la scène politique au Québec, une noirceur aveuglante. Après la mort subite de Daniel Johnson, le déclin a frappé tout le Canada. Il n’y a eu personne pour éclairer la route à suivre; car la brillance d’esprit d’un Johnson n’était plus directement visible ; les Anglais et les Français du Canada se sont précipités, comme des papillons de nuit, sur les lumières de l’Empire, avec Trudeau d’un côté, et sa contrepartie, René Lévesque, de l’autre, nous pensions avoir à choisir entre les deux… sans même penser un instant qu’il pouvait s’agir d’un piège.


Ne serait-il pas mieux de retourner à une meilleure période de notre histoire ?


De suivre l’exemple des individus qui avaient compris, qui avaient pour but « le Progrès, le Développement, l’Affranchissement, la Paix » ? Pourquoi devrions-nous continuer d’admirer ceux qui, consciemment ou non, ont mené la vision de Johnson et De Gaulle à la ruine ?

Pourquoi devrait-on avoir de l’admiration pour ceux qui n’ont pas voulu se joindre à leurs efforts quand c’était le temps ? Que vous ayez été pour ou contre René Lévesque n’est pas important ; mais l’erreur monumentale commise par ceux qui ont vécu à l’époque a été d’avoir cru que René Lévesque voulait faire l’indépendance, ou même que Lévesque représentait, sous une forme ou une autre, la continuité du projet « De Gaulle-Johnson ».


La présentation par Johnson de son projet de constitution républicaine pour libérer tout le Canada et, comme l’espérait De Gaulle, transformer l’âme des États-Unis, a été le moment le plus dangereux dans l’histoire récente de l’Empire, car il aurait pu perdre le Canada.


À la fin des années soixante, on a assisté à l’étouffement de « l’effort français », le point culminant ayant été la mort de Johnson, la chute de De Gaulle en France, les Événements d’octobre, une opération sous la gouverne des services spéciaux anglo-américains, qui ont terrorisé des centaines de milliers de Québécois, jusqu’à ce qu’ils en oublient ce que De Gaulle et Johnson avaient fait pour eux. Petit à petit, la consolidation du faux mouvement pour l’indépendance, dont René Lévesque était la figure de proue, est devenue hégémonique dans l’esprit de ceux où une flamme de liberté brûlait encore.


Il n’est pas facile d’admettre s’être fait rouler, et ce, pendant 33 ans. La majorité des membres du Parti québécois ou du Bloc ne sont pas nécessairement de mauvaises gens, bien que quelque peu naïfs. En général, les gens qui veulent du changement ont au moins ce côté positif, mais le fait d’être émotionnellement attaché à ces fausses institutions, à ces faux axiomes, les empêche de faire avancer notre peuple.


Raynald Rouleau

https://complotquebec.blogspot.com/2006/04/ren-lvesque-un-espion-de-lowi.html

50E ANNIVERSAIRE DU VIVE LE QUÉBEC LIBRE !

J’accuse les assassins de Daniel Johnson

Une mort trop suspecte pour avoir été naturelle

Depuis plusieurs années, j’écris régulièrement de courts textes pour faire appel à d’autres témoins sur la mort très suspecte de l’ex-premier ministre du Québec Daniel Johnson, dont le nom est revenu dans l’actualité ces jours derniers quand on a commémoré le 50e anniversaire de la visite du général de Gaulle.

L’an prochain, en septembre, ce sera le 50e de la mort de celui qui a signé en 1966 le fameux livre écrit avec mon collègue Jean-Louis Laporte et intitulé “Égalité ou Indépendance”. À noter que Laporte, journaliste à Radio-Canada à cette époque, m’avait alors confié que “là ou le FLQ a échoué, Daniel va réussir car il est plus rusé”.

En septembre 1968, le premier ministre Johnson donne un point de presse à la bibliothèque de l’Assemblée nationale, la veille de son départ pour l’inauguration de la Manic. Tous les journalistes présents ont noté qu’il semblait en pleine forme. D’ailleurs, Radio-Canada possède un enregistrement de cette rencontre.

Puis, le lendemain, après avoir rencontré plusieurs personnalités, dont René Lévesque, le premier ministre se retire dans sa chambre où il consomme un dernier verre en compagnie d’une jeune dame prénommé Jacqueline “Jackie”, une connaissance intime qui fréquentait à cette époque le Club Renaissance, lieu de rencontre des membres de l’Union nationale. J’ai son nom de famille.

Par la suite, cette dame, que j’ai rencontrée quelques mois plus tard, m’a confié en toute intimité et « off the record », parce qu’elle craignait pour sa vie, qu’après avoir bu ce dernier verre, elle a été malade comme jamais dans sa vie, croyant mourir sur place, tandis que Daniel Johnson agonisait à ses côtés. Elle m’a alors fait jurer de ne pas révéler son identité.

« Le lendemain matin, m’a-t-elle dit, la garde rapprochée de Daniel m’a rapidement évacuée de la Manic, en m’ordonnant de me taire à tout jamais sur les choses dont j’avais été témoin…à mes risques et périls »

Jeune journaliste, ce témoignage m’avait troublé et ne cesse de me hanter depuis lors. J’en avais parlé avec des confrères de l’époque, de la Presse et du Montreal Star, et l’histoire les intéressait, mais encore fallait-il avoir des preuves que le premier ministre avait été assassiné. Ce qu’il n’a jamais été possible d’obtenir.

Toujours hanté par cette affaire, j’y suis revenu il y a quelques années, en faisant des demandes d’accès à l’information dans tous les bureaux du coroner pouvant être impliqués, tant à la morgue qu’aux Archives nationales qui, m’a-t-on appris, conserve précieusement tous ces documents sur nos anciens premiers ministres, dont les rapports d’autopsie. Je demandais sans succès si des analyses toxicologiques avaient été effectuées et, inlassablement, on me répondait qu’il n’y avait aucun document à cet effet.

Des amis ont demandé aux fils du premier ministre Johnson, qui ont fait savoir que cette histoire était classée depuis belle lurette et qu’ils ne voulaient pas en parler. C’est alors que je me suis souvenu que, lorsque Johnson père était allé se reposer à Hawaï, à la suite de la rédaction de son livre-choc, le tout-puissant Paul Desmarais était allé le retrouver et lui avait dit de ne pas s’en faire, qu’il veillerait à l’éducation et à la prospérité de ses fils, tout en l’exhortant fortement d’oublier cette idée d’indépendance du Québec.

Marie Johnson, une autre des enfants de Daniel, a dit à un contact diplomatique qu’elle n’en savait rien.

J’ai aussi demandé au biographe officiel de Daniel Johnson, le journaliste Pierre Godin, qui a fait des recherches exhaustives pour la rédaction de son livre, s’il avait jamais vu un rapport d’autopsie ou d’analyse toxicologiques. Il m’a dit n’en avoir pas vu, croyant qu’un médecin (complaisant ?) avait tout simplement signé le certificat de décès avant les funérailles et l’inhumation.

J’ai aussi demandé à un autre proche de Daniel Johnson, l’ancien député Antonio Flamand, ce qu’il en sait et il m’a affirmé qu’il a toujours pensé que le décès de M. Johnson était louche. Et dernièrement, j’ai aussi saisi l’ancien ministre des Affaires culturelles, Denis Vaugeois, du dossier. Il semble s’y intéresser de près, car tout ce qui touche Daniel Johnson le passionne.

Or, la loi stipule bien que, sur le corps de toute personne qui décède hors de son domicile ou d’un établissement hospitalier, une autopsie doit être pratiquée. Pourquoi, si jamais on en a pratiqué une sur la dépouille de l”ami québécois de de Gaulle, la cache-t-on depuis près de 50 ans ? Je crois pour ma part qu’elle n’existe pas et qu’on a expédié le corps vite fait au cimetière afin qu’il disparaisse avec ses idées de souveraineté dans les limbes de l’histoire.

Un autre élément troublant dans cette histoire non résolue, qui fera l’objet d’enquête des historiens, demeure le fait que, de son vivant, Daniel Johnson avait précisé qu’à sa mort (il se savait cardiaque), il souhaitait une autopsie afin de dissiper tout doute, comme ça avait été le cas lorsque Maurice Duplessis est décédé lors d’un voyage à Schefferville. Toutes sortes de rumeurs avaient alors couru sur les causes du décès du grand timonier de l’Union nationale.

Or, à la lumière de mes recherches sur une période de plusieurs années, il appert que cette autopsie n’aurait pas été pratiquée. Et, si jamais elle l’a été, pourquoi avoir caché ses conclusions et pourquoi ne pas avoir révélé celles des analyses toxicologiques qui auraient pu confirmer le témoignage de “Jacky” , celle qui m’a révélé qu’elle était convaincue que son ami Daniel Johnson avait été assassiné en septembre 1968 par des gens qui avaient intérêt à sa disparition.

Quand on connaît les méthodes des services secrets à travers le monde (les nôtres travaillaient main dans la main avec la CIA), il ne serait donc pas surprenant que pour sauver le Canada, on ait décidé en haut lieu de mettre fin aux jours du grand trouble-fête Johnson, celui-là même qui avait osé offrir à Pierre Bourgault, du RIN (Rassemblement pour l’indépendance nationale) de se joindre à lui pour libérer le Québec.

L’Histoire jugera et j’espère que d’autres témoins se manifesteront à la suite de cette publication qui, je l’espère, saura ébranler les colonnes du temple.

Pour paraphraser Zola, J’ACCUSE LES ASSASSINS DE DANIEL JOHNSON.

Pierre Schneider
journaliste et auteur
25 juillet 2017.

https://vigile.quebec/articles/j-accuse-les-assassins-de-daniel-johnson?fbclid=IwAR2zxmVk3hqRwAA5v2DUwofb0l6jlZMr18nNgv95yai4e1oisJjS9xVUYoA

Pierre Schneider raconte ses mémoires et le fruit de ses recherches.

PAR PIERRE SCHNEIDER

LE 26 SEPTEMBRE 1968, LE PREMIER MINISTRE DU QUÉBEC DANIEL JOHNSON DÉCÉDAIT À MANIC 5. IL AURA ÉTÉ EN FONCTION PENDANT À PEINE 2 ANS. LES CIRCONSTANCES DE L’ÉVÉNEMENT SONT ENCORE SUSPECTES. JOHNSON ÉTAIT ALORS CAPTIF D’UN ENVIRONNEMENT POLITIQUE TOXIQUE.

En compagnie des Jean Lesage, René Lévesque et quelque 400 invités, il participait à l’inauguration de l’ouvrage gigantesque qui porte aujourd’hui son nom et qui fait l’orgueil du Québec moderne dans le monde.

Le barrage porte le nom de Daniel Johnson père , le 20e  premier ministre du Québec , responsable du lancement du projet alors qu’il était ministre dans le gouvernement Duplessis. Johnson est décédé le 26 septembre 1968, jour où il devait présider l’inauguration prévue du barrage. 

La visite du général de Gaulle à Montréal en 1967, sollicitée et obtenue par Johnson, acclamée avec l’enthousiasme populaire qui a fait l’Histoire, survient dans un contexte turbulent : le mouvement indépendantiste québécois a pris de l’ampleur et dépasse le tiède nationalisme traditionnel.

Conjugué avec l’exaspération des luttes ouvrières, et soufflé par le vent planétaire des libérations nationales, il se radicalise rapidement en certains milieux et dérive dans une violence dont les auteurs, tout idéalistes soient-ils, sont manipulés à leur insu par la RCMP (GRC de l’époque), la CIA en renfort, le Mossad pour les coups bas, l’OSS et autres organismes d’intervention musclés.

La France gaulliste est alors assiégée par les diplomaties anglo-saxonnes sous leadership nord-américain, lesquelles s’activent pour barrer à Johnson et aux indépendantistes les voies communes du Général et du Premier ministre québécois.

Le Front de Libération du Québec en 1970 était dès sa naissance manipulé par la participation de la GRC et de ses conseillers américains à ses activités. Ce que l’Histoire a retenu comme « la Crise d’Octobre » est l’œuvre de cette provocation policière dirigée par le bureau du Premier ministre fédéral et ses fonctionnaires. La police politique canadienne et certains politiciens québécois auraient des informations pertinentes sur le meurtre de Mario Bachand à Paris en 1971. L’auteur les nomme.

Ce récit n’est pas une fiction.

Pierre Schneider y accuse les assassins systémiques de l’idéal républicain de Daniel Johnson.

320 pages

1 commentaire

  1. Quand, tu parle ton l’affaire du passée au sujet de M. René Lévesque qui ne fait pas correct les choses. C’est lui-même fait l’erreur ou d’un petit défaut et jamais parfait personne. Chaque humain de politique dans sa tête n’est jamais pareil comme lui.. Chacun c’est le devoir de corriger de Soi mais n’oublie pas selon les Années du passée entre le présent n’est plus la même personne beaucoup plus évoluer et beaucoup mieux comme M. PSPP est un jeune homme pleine action. Le PQ a pris connaissance sur M. Michaud l’a fait les erreurs et demander de pardonner pour corriger l’erreur et maintenant PSPP nettoyer tous les erreurs et prend tourner la page à nouveau positive. Donc, arrêter de prend négative comme rancune. Regarde des maintenant que la vie commencer en 2024. Je suis Sourd et Grand Patriote du Québec.

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