PRÉFACE

Nous connaissons bien Adrien Arcand le journaliste et le politicien qui a l’an dernier a bénéficié d’un regain d’intérêt plus que mérité alors que l’on célébrait le cinquantième anniversaire du décès de celui qu’une presse hostile avait qualifié de « Führer canadien ».

Par contre, le Arcand romancier était à ce jour quasiment voire totalement, inconnu et cela même de la part ceux qui ont côtoyé « l’ogre de Lanoraie» dans l’après-guerre. Son unique roman, Popeline, n’avait jusqu’à ce jour jamais été publié en tant que tel et n’existait que dans les pages jaunies du Goglu, premier journal lancé par Arcand. Il ne serait jamais sorti de cet oubli si ce n’avait été du travail acharné de ceux qui rendent aujourd’hui cette publication possible. Extraire et retranscrire à partir des originaux et de microfilms un roman de plus de 400 pages, c’est un travail de moine pour lequel l’amateur de littérature ou d’histoire ne peut qu’être reconnaissant.

En effet, le jeu en vaut la chandelle. Ce roman, qui prend des tonalités céliniennes de par l’usage constant du joual, argot typiquement québécois, dans les dialogues nous donne une photographie de la vie à Montréal au début du siècle alors que la littérature québécoise de cette époque s’intéressait plutôt à la vie calme, enracinée et pieuse des campagnes. En plus de cet intérêt ethno graphique certain, ce roman de moeurs nous donne un angle de vue des plus originaux pour mieux saisir l’évolution de la pensée d’Arcand dans la période s’étalant de 1929 à 1933, un moment décisif de sa vie.

Écrivant au fur et à mesure, il ne suit pas de scénario fixe, mettant plutôt son quotidien en scène lorsqu’il manque d’inspiration et se servant des dialogues et des péripéties pour commenter l’actualité et diffuser une pensée politique qui se précise justement à cette période.

Pour simple rappel, avant son renvoi de la Presse pour des raisons syndicales et la fondation du Goglu, Arcand était un journaliste respecté et apprécié qui fréquentait les grands noms des lettres et des arts et c’est avec cette publication qu’il devint engagé politiquement, s’intéressant de plus en plus au nationalisme et à la question juive, jusqu’à fonder un parti fasciste canadien, le Parti national social chrétien, en février 1934, soit un peu moins d’un an après la parution du dernier numéro du Goglu.

Ces thèmes justement on les voit apparaître dans Popeline, puis devenir de plus en plus présents. Alors qu’au début, le roman feuilleton signé Émile Goglu prend les allures d’un vaudeville avec des pointes décochées ici et là envers quelques ennemis politiques ciblés comme le ministre Léonide Perron ou le vice premier ministre Anathase David, la dénonciation s’étend rapidement à la politique en général, à quelques exceptions près comme Richard Bennett pour lequel il milite un certain temps et qu’il épargne dans le feuilleton. Ce n’est pas un parti en soi qui est problématique, mais le patronage, la corruption, l’incapacité d’apporter des solutions concrètes; des traits intrinsèquement liés au régime parlementaire selon lui. Qu’importe que le ”tyran” soit rouge ou houdiste, la politique s’apparente sous sa plume au grand banditisme: on se sert, mais on ne sert jamais les intérêts du peuple qui n’est bon qu’à payer pour les bien nantis de ce monde.

On constate une évolution relativement semblable avec la question juive. Arcand ne s’était jamais intéressé à cette question avant que Monseigneur Georges Gauthier ne lui demande en mai 1930 de s’investir contre la création d’écoles neutres, un projet émanant de la communauté juive. Ce premier combat politique marquera un tournant majeur dans sa pensée, la question juive devenant un élément clef de sa réflexion subséquente. Alors qu’ils sont absents des premiers feuillets, les Juifs, fort caricaturaux sous la plume d’un Émile Goglu satyrique, apparaissent dans le feuilleton au printemps 1930 et reviendront régulièrement. Passant outre certaines péripéties dignes de Ionesco, Arcand dénonce leur emprise dans différents domaines, notamment la politique et le commerce, mais aussi au sein du mouvement communiste qui prend tant bien que mal racine en Amérique. Il les associe également aux vices, à l’avilissement des mœurs et ultimement à la perte de nos traditions. Comme pour plusieurs commentateurs de son époque, Arcand met en lumière leur communautarisme qu’il aimerait voir être émulé par les ”Canayens”.

La campagne ”Achat chez nous” qui vise à favoriser le commerce avec les Canadiens français plutôt qu’avec les étrangers se répercute d’ailleurs dans quelques scènes du feuilleton, les héros du roman adhérant volontiers à cette philosophie nationaliste. Les ”Canayens” mis en scène par Arcand sont tous animés d’une solidarité ethnique qui finalement n’a existé que dans l’imagination du romancier. Les commerces juifs n’ont non seulement pas disparu faute de clients, mais dans bien des cas, ils ont remplacé les commerces locaux auxquels ils faisaient concurrence. Il en est d’ailleurs conscient, car aussi paradoxal que cela puisse paraître, même s’il prête un ethnocentrisme affirmé aux différents protagonistes, il n’y croit pas trop et espère que les ”Canayens vont (…) s’réveiller un jour et faire un clinoppe de tous les sans-cœurs qui nous vendent aux Juifs” (p. 142).

Les dénonciations du parlementarisme et de l’influence juive ne sont pas à cette époque une exclusivité d’Arcand, par contre celui-ci refuse le cynisme et plutôt que de se cantonner dans de stériles oppositions, il en viendra à proposer un modèle alternatif basé sur la doctrine sociale de l’Église dont l’Ordre patriotique des Goglus, souvent mentionné dans le texte, représente la genèse. On le sait, une fois la page des Goglus tournée, ce sera le chapitre du fascisme chrétien canadien qui s’ouvrira.

Il faut tout de même noter que la pensée arcandiste continuera à évoluer par la suite et ne se figera pas. On retrouve dans les pages de Popeline une certaine anglophobie et un certain désir de s’émanciper de Londres. Ces sentiments seront tempérés par la suite, Arcand espérant construire un mouvement d’amitié avec les Canadiens anglais, un mouvement qui reconnaît les bienfaits de l’Empire britannique qu’il ne souhaite non pas rejeter, mais réformer pour donner davantage de libertés et de respect au Canada.

Un autre point qu’il faut souligner dans la lecture de Popeline c’est qu’Arcand y dénonce l’aspect cosmopolite que la ville de Montréal, ”deuxième ville française du monde”, est en train de prendre avec l’immigration qui est alors, faut-il le rappeler, fort limitée si on la compare aux chiffres actuels. Quel constat ferait-il aujourd’hui alors que le français a complètement disparu de certains quartiers et que les minorités visibles représentent plus du tiers des habitants et plus de la moitié des écoliers ?

Rémi Tremblay

Contribution à la mise en page des extraits du roman sur le site du parti : Andréanne Chabot

http://www.reconquistapress.com/popeline.html

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